Je suis né en 1980, et depuis ma naissance je n'entends parlé que de chômage de masse et de crise financière ; certains commencent à appeler ces trente années « les trente piteuses ». Plus jeune, on n'avait fait naviguer mon imagination vers une époque rêvée : les trente glorieuses !

Je dis rêvé car je me demande même si cette période a réellement existé. Faisons tout de même confiance aux historiens. Je me pose toutefois une question : Comment a -ton fait pour vivre pendant 30 ans dans une économie en panne? 30 ans de crises, 30 ans d'augmentation incessante de la dette publique.

C'est en réalité très simple : comment faire quand on a pas assez d'argent et qu'on veut continuer à consommer ? On travaille plus ? Pas dans un pays avec un chômage de masse et en perte d'activités économiques. On dépense moins ? C'est si bon d'être riche. Alors on prend la solution de facilité : on contracte un crédit à la consommation. 

Aujourd'hui, il apparaît que la dette publique de notre pays vient de l'ensemble des crédits à « la consommation » souscrits par notre Etat : vous, moi, nos enfants et petits enfants compris. La dette publique que nous avons contractée n'a pas servi de grands projets, de grands travaux, on la construction d'une France moderne ; elle nous a maintenu dans un système archaïque alors que le monde se transformait . Un système archaïque mais tellement rassurant. La France vit encore dans l'illusion.

La France est un pays en voie de paupérisation qui se rêve encore grande nation révolutionnaire. Si elle n'affronte pas les réalités de notre monde moderne l'aigreur et la colère la submergeront. Je prends un exemple que certains trouveront futile ; je le trouver symptomatique.

A chaque fois qu'un journaliste fait un reportage sur la justice Marseillaise ou les grands faits divers qui sont jugés au tribunal de grande instance, on nous montre toujours les images du tribunal aux immenses colonnes grecques situé place Monthyon. Or ce tribunal majestueux n'est que le tribunal d'instance : un petit tribunal où se rend la justice de proximité. C'est d'ailleurs un tribunal où on ne juge plus rien, puisqu'il vient d'être fermé sine die pour une rénovation en profondeur.

A trop vouloir rêver aux lustres d'antan, on finit par se mentir à soi même. La dette publique nous a fait croire au retour incessant des trente glorieuses sans efforts. La dette publique n'est donc pas intrinsèquement un problème économique, c'est un problème psychologique ; la dette publique est un mensonge collectif.

Maître Sébastien SALLES Avocat à Marseille.