En raison d’impayés, une société bailleresse a saisi le juge des référés du tribunal d'instance de Marseille aux fins, essentiellement, de voir constater la résiliation du bail et prononcer l'expulsion de son locataire.

Par ordonnance contradictoire du 14 janvier 2016, le juge d’instance a rejeté l'ensemble des demandes.

La bailleresse a interjeté appel de la décision.

Dans un arrêt avant dire droit, la cour d’appel d’Aix en Provence a invité la bailleresse à conclure sur la nullité éventuelle de la clause résolutoire incluse au bail sur le fondement de laquelle sont fondées ses demandes.

En effet, en l’espèce, la clause résolutoire visée dans le commandement de payer ne prévoyait pas de délais quant à la résiliation automatique du contrat de bail pour défaut de paiement.

Ladite clause dénommée « résiliation » était ainsi rédigée :

« A défaut de paiement à son échéance d'un terme du loyer ou des charges accessoires, et après une simple sommation demeurée infructueuse, le présent bail sera immédiatement et de plein droit résilié si bon semble à la [bailleresse], sans que celle-ci ait à remplir aucune autre formalité judiciaire qu'à se pourvoir d'une ordonnance de référé, aussitôt après l'intervention de laquelle elle pourra faire procéder à l'expulsion du locataire et disposer des lieux loués pour une nouvelle location ».

Or, la Cour a relevé que, selon les dispositions de l'article 24 de la loi du 6 juillet 1989, applicable à la cause, « toute clause résolutoire prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges ne produit effet que deux mois après un commandement de payer demeuré infructueux ».

Ainsi, pour la Cour, l’absence de stipulation d’un délai d'au moins deux mois a pour effet de faire échec aux dispositions d'ordre public de la loi du 6 juillet 1989.

Elle en déduit que le commandement de payer délivré sur le fondement d'une telle clause, qui encourt la nullité, ne peut produire effet, nonobstant le fait qu'il mentionne que ce n'est qu'à l'expiration d'un délai de deux mois et faute pour le débiteur de s'être exécuté, que le bailleur pourra se prévaloir de la clause.

Par conséquent, peu importe que le commandement de payer, c'est-à-dire l’acte d’huissier, le précise, le bailleur ne pourra pas se prévaloir de la résolution de plein droit du bail si la clause résolutoire inscrite audit bail ne mentionne pas le délai prévu à l’article 24 de la loi du 6 juillet 1989.

Dans ces conditions, la Cour décide que la demande de voir constater la résiliation du bail et ordonner l'expulsion du locataire est rejetée. Seule la condamnation à l’arriéré locatif a été prononcée. 

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