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Article avocat Contrat de Sécurisation Professionnelle (CSP)

Licenciement économique et CSP : la jurisprudence relative à la CRP applicable au CSP

Par , Avocat - Modifié le 03-04-2015

Le CSP, proposé à tout salarié licencié pour motif économique d'une entreprise de moins de 1000 salariés ou d'une entreprise en redressement ou liquidation judiciaire, permet la mise en oeuvre de formations, d'entretiens, d'évaluation des compétences etc. aux fins de faciliter le retour à l'emploi du salarié.

En cas d'acceptation du CSP, le contrat de travail est rompu au terme d'un délai de réflexion de 21 jours.

Dans le cas contraire, c'est la lettre de licenciement envoyée antérieurement à l'acceptation qui vaut rupture du contrat de travail.

En effet, lorsque la proposition de CSP est obligatoire (moins de 1000 salariés, redressement, liquidation judiciaire, selon conditions d'affiliation etc.), elle doit être mentionnée au terme de la lettre de licenciement.

Toutefois, la proposition de CSP ne fait pas obstacle à la mise en oeuvre des règles du licenciement pour motif économique : obligation de reclassement, ordre des licenciements, reclassement, convocation à entretien préalable, énonciation des motifs de licenciement etc.

1. De même l'acceptation du CSP ne fait pas obstacle au salarié d'engager ultérieurement une action en contestation de son licenciement.

Tel était le cas en l'espèce, dans l'arrêt rendu par la chambre sociale de la cour de cassation, en date du 17 mars 2015 :

  • l'employeur convoquait sa salariée à un entretien préalable au licenciement fixé le 25 novembre 2011 au cours duquel, il lui proposait le CSP

  • au terme du courrier de convocation, l'employeur éludait une des mentions pourtant obligatoires : l'assistance, lors de l'entretien préalable, pour le salarié qui le souhaite, d'un délégué du personnel

  • la raison de l'absence de ladite mention : aucun délégué du personnel n'avait été élu au sein de l'entreprise et aucun procès verbal de carence n'avait été établi alors que l'entreprise devait organiser des élections de délégués du personnel

  • en conséquence, la salariée ne pouvait être assistée d'un délégué du personnel lors de son entretien préalable ; assistance pourtant obligatoire qui n'était donc pas mentionnée dans la lettre de convocation

  • elle contestait alors cette irrégularité dans le cadre d'une action en justice engagée après avoir acceptée le CSP.

L'employeur arguait alors que la salariée ayant accepté le CPS, ne pouvait a posteriori contester la procédure de licenciement.

La Cour de cassation rejette cette analyse en rappelant (comme pour la CRP) que " l'adhésion à un contrat de sécurisation professionnelle constitue une modalité du licenciement pour motif économique et ne prive pas le salarié du droit d'obtenir l'indemnisation du préjudice que lui a causé l'irrégularité de la lettre de convocation à l'entretien préalable".

2. De même, l'acceptation du CSP par le salarié, n'exonère pas l'employeur d'énoncer les motifs de licenciement au terme de la lettre de licenciement ou du document écrit d'information sur le CSP remis au salarié. 
A défaut le licenciement serait requalifié en un licenciement sans cause réelle et sérieuse en cas d'action en justice engagée par le salarié en ce sens ; précision rappelée par la cour de cassation en l'espèce.

3. La lettre énonçant les motifs de rupture et notifiant le licenciement envisagé peut être envoyée avant la fin du délai de réflexion laissé au salarié pour accepter les offres de reclassement proposées

En troisième lieu, et dans le cadre de cette même action prud'homale, la salariée contestait la date d'envoi de la lettre de licenciement et de la notification des motifs de rupture antérieure au terme du délai d'acceptation des offres de reclassement proposées par l'employeur auparavant.

En effet, par lettre du 5 décembre 2011, l'employeur notifiait à la salariée son licenciement pour motif économique en énonçant par la même les motifs de rupture et ce, alors que le délai de réflexion concernant les offres de reclassement n'avait pas encore expiré.

La salariée sollicitait ainsi le manquement commis par l'employeur à son obligation de reclassement, partant, la requalification de son licenciement en un licenciement sans cause réelle et sérieuse.

Sur ce point, la Cour de cassation rejetait sa demande en rappelant que, comme pour la CRP, "la lettre du 5 décembre 2011, qui n'avait d'autre but que de notifier à la salariée le motif économique du licenciement envisagé et de lui préciser qu'en cas de refus du contrat de sécurisation professionnelle, cette lettre constituerait la notification de son licenciement, n'avait pas eu pour effet de rompre le contrat de travail ni de mettre un terme au délai laissé à l'intéressée pour se prononcer sur les offres de reclassement".

En conséquence, l'employeur n'avait pas manqué à son obligation de reclassement ; la lettre de licenciement mise en cause en l'espèce, ne faisant qu'envisager la rupture du contrat de travail dont la date ne pouvait encore être fixée, dans l'attente de la décision de la salariée concernant le CSP.

Par Maître JALAIN - Avocat en droit du travail  au Barreau de Bordeaux -

www.avocat-jalain.fr email : contact@avocat-jalain.fr

Cass. soc. 17 mars 2015, n°13-26941

"LA COUR DE CASSATION, CHAMBRE SOCIALE, a rendu l'arrêt suivant :

Attendu, selon l'arrêt attaqué, que Mme X..., engagée le 2 juillet 2007 par la société Norgest en qualité de responsable de la communication puis mutée au sein de la société HPM et occupant en dernier lieu les fonctions de directrice de la communication, a été convoquée le 16 novembre 2011 à un entretien préalable à un licenciement pour motif économique, le 25 novembre 2011, au cours duquel il lui a été proposé un contrat de sécurisation professionnelle ;

que par lettre du 5 décembre 2011 la société HPM lui a notifié les motifs économiques de la rupture en lui précisant qu'en cas de refus du contrat de sécurisation professionnelle, cette lettre constituerait la notification de son licenciement ;

qu'après avoir accepté, le 16 décembre 2011, le contrat de sécurisation professionnelle, elle a saisi la juridiction prud'homale de demandes d'indemnités pour licenciement irrégulier et sans cause réelle et sérieuse ;

Sur le premier moyen :

Attendu que la société fait grief à l'arrêt de la condamner à payer une somme au titre de l'indemnité pour non-respect de l'article L. 1235-15 du code du travail, alors, selon le moyen, que l'adhésion du salarié à un contrat de sécurisation professionnelle le prive de la possibilité de contester la régularité de la procédure de licenciement ;

qu'en l'espèce, la cour d'appel a relevé que la salariée avait conclu un contrat de sécurisation professionnelle ;

qu'en faisant droit à la demande de la salariée tendant à l'octroi de dommages-intérêts en raison de l'irrégularité de la procédure de licenciement, la cour d'appel a violé les articles L. 1233-65, L. 1233-67 et L. 1235-15 du code du travail ;

Mais attendu que l'adhésion à un contrat de sécurisation professionnelle constitue une modalité du licenciement pour motif économique et ne prive pas le salarié du droit d'obtenir l'indemnisation du préjudice que lui a causé l'irrégularité de la lettre de convocation à l'entretien préalable ;

que la cour d'appel, qui a constaté que l'employeur n'avait pas mis en place les délégués du personnel alors qu'il était assujetti à cette obligation et sans qu'aucun procès-verbal de carence n'ait été établi, en a exactement déduit que le préjudice résultant de cette irrégularité subi par l'intéressée devait être réparé ;

que le moyen n'est pas fondé ;

Sur le troisième moyen :

Attendu qu'il n'y a pas lieu de statuer par une décision spécialement motivée sur ce moyen annexé qui n'est manifestement pas de nature à entraîner la cassation ;

Mais sur le deuxième moyen :

Vu l'article 5 de la convention Unédic relative au contrat de sécurisation professionnelle du 19 juillet 2011 agréée par arrêté du 6 octobre 2011 et les articles L. 1233-65, L. 1233-66 et L. 1233-67 du code du travail ;

Attendu que pour condamner l'employeur au paiement d'une indemnité pour licenciement sans cause réelle et sérieuse, l'arrêt retient que par lettre du 1er décembre 2011 la société a adressé à la salariée des offres de reclassement en lui laissant jusqu'au 15 décembre pour répondre ; que c'est sans attendre cette réponse ou l'expiration du délai, qu'elle a notifié le licenciement, le 5 décembre, qu'elle ne peut sérieusement soutenir qu'en adhérant au contrat de sécurisation professionnelle la salariée a refusé les offres de reclassement dès lors que l'adhésion est intervenue après le délai de réponse, en raison de la notification du licenciement trois jours après la réception des propositions de reclassement, qu'en procédant de manière prématurée à la notification de la lettre de licenciement, la société n'a pas respecté son obligation de reclassement ;

Attendu, cependant, que lorsque la rupture du contrat de travail résulte de l'acceptation par le salarié d'un contrat de sécurisation professionnelle, l'employeur doit en énoncer le motif économique soit dans le document écrit d'information sur le contrat de sécurisation professionnelle remis obligatoirement au salarié concerné par le projet de licenciement, soit dans la lettre qu'il est tenu d'adresser au salarié, en application du premier des textes susvisés, lorsque le délai dont dispose le salarié pour faire connaître sa réponse à la proposition de contrat de sécurisation professionnelle expire après le délai d'envoi de la lettre de licenciement imposé par les articles L. 1233-15 et L. 1233-39 du code du travail ;

que lorsqu'un salarié adhère au contrat de sécurisation professionnelle, la rupture du contrat de travail intervient à l'expiration du délai dont il dispose pour prendre parti ;

Qu'en statuant comme elle a fait, alors qu'il résultait de ses constatations que la lettre du 5 décembre 2011, qui n'avait d'autre but que de notifier à la salariée le motif économique du licenciement envisagé et de lui préciser qu'en cas de refus du contrat de sécurisation professionnelle, cette lettre constituerait la notification de son licenciement, n'avait pas eu pour effet de rompre le contrat de travail ni de mettre un terme au délai laissé à l'intéressée pour se prononcer sur les offres de reclassement, la cour d'appel a violé les textes susvisés ;

PAR CES MOTIFS :

CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu'il dit le licenciement dépourvu de cause réelle et sérieuse et condamne la société à payer la somme de 50 000 euros à titre de dommages-intérêts et ordonne le remboursement aux organismes concernés des allocations de chômage versées à la salariée depuis son licenciement dans la limite de six mois, l'arrêt rendu le 27 septembre 2013, entre les parties, par la cour d'appel de Douai ; remet, en conséquence, sur ce point, la cause et les parties dans l'état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d'appel d'Amiens ;

Condamne Mme X... aux dépens ;

Vu l'article 700 du code de procédure civile, rejette la demande de la société HPM ;

Dit que sur les diligences du procureur général près la Cour de cassation, le présent arrêt sera transmis pour être transcrit en marge ou à la suite de l'arrêt partiellement cassé ;

Ainsi fait et jugé par la Cour de cassation, chambre sociale, et prononcé par le président en son audience publique du dix-sept mars deux mille quinze."


             

        

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Maître Hugo Tahar JALAIN

Maître Hugo Tahar JALAIN

Avocat au Barreau de BORDEAUX

  • Droit du Travail Salarié
  • - Droit des Employeurs - Droit Social

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