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Article avocat Rétractation & annulation de la vente

Démarchage photovoltaïque : une entreprise condamnée pour bon de commande illégal

Par , Avocat - Modifié le 30-01-2020

Le 09 décembre 2019, la Cour d’appel de Colmar a rappelé que l'achat d'un kit photovoltaïque par un particulier n'est pas un acte commerce et que le bon de commande signé à cette occasion doit respecter les règles du démarchage à domicile, sous peine de nullité.

I. Rappel des faits

Suite à un démarchage à domicile, un couple de particuliers acquiert auprès de la société F. S. établie à HOERDT (67), un kit de douze panneaux photovoltaïques, avec ballon thermodynamique offert, au prix de 20.000 euros. L’ensemble est financé au moyen d'un crédit consenti par la société F..

Le couple ne pouvant régler le crédit, F. les assigne devant le tribunal d'instance d’Hagenau en paiement des échéances impayées et du crédit avec intérêts et pénalités.

Ne se laissant pas faire, le couple attrait la société F. S. devant le Tribunal et sollicite la nullité de la vente et du crédit, ainsi que le démontage et la reprise des matériels par F. S., ce qu’ils obtiennent !

Insatisfaite, la société F. S. interjette appel devant la Cour d’appel de Colmar, mais en vain. Non seulement le jugement est confirmé, mais elle condamnée à verser 2000 euros au couple acquéreur-emprunteur.

 

II. Décision de la cour d'Appel de Colmar

A. L’achat d’un kit photovoltaïque n’est pas un acte de commerce

Selon la venderesse, l’achat d’un kit photovoltaïque serait un acte de commerce, car l'électricité produite avait pour objectif d'être revendue à EDF et que l'activité de production et de vente d'énergie caractérise un acte de commerce par nature.

Fort heureusement, la Cour d’appel a rappelé que quand bien même l'installation litigieuse était destinée à la revente de l'énergie produite à ERDF, cela ne faisait pas pour autant de l'activité marginale pour laquelle les panneaux photovoltaïques ont été commandés par de simples particuliers démarchés à domicile, un acte de commerce par nature.

En effet, l'objet du contrat de vente était de permettre aux acquéreurs, qui ne sont pas commerçants, d'effectuer un acte profitable à l'environnement par l'installation de panneaux photovoltaïques sur le toit de leur maison avec l'espérance de couvrir le coût de leur propre consommation d'énergie par la revente de la production familiale modeste à l'opérateur ERDF.

Ainsi, les acquéreurs, en signant le bon de commande qui fait référence au Code de la consommation et ne fait pas mention de l'achat d'un matériel dans un but professionnel ou en vue d'une stricte opération commerciale de revente, ont entendu effectuer des économies d'énergie pour leur compte personnel, l'objet du contrat étant l'achat des panneaux photovoltaïques, non pas pour les revendre, mais dans le but de produire de l'électricité dont la revente, qui n'entrait aucunement dans le champ de leur activité professionnelle, n'avait d'autre but dans le meilleur des cas que de couvrir les mensualités du crédit et de permettre le financement de leur propre consommation familiale d'énergie.

Au demeurant, le contrat de crédit ne prévoit aucunement une destination professionnelle du crédit affecté consenti.

De fait, le jugement a été confirmé en ce qu’il a retenu que l’achat d’un kit photovoltaïque par des particuliers n’est pas un acte de commerce.

 

B. Nullité du bon de commande pour violation de la loi

Selon les juges, le bon de commande ne satisfait pas aux prescriptions légales, au motif que le bon de commande ne comporte pas la désignation précise de la nature et des caractéristiques des biens offerts ou des services proposés en ce qu'il n'est fait aucune référence à l'intégration au bâti ni aux modalités de cette intégration et, d'autre part, que les conditions d'exercice de la faculté de renonciation ne sont pas précisées puisque le document intitulé « annulation de la commande » n'indique ni dans quel délai l'annulation peut intervenir ni à quelle adresse le formulaire doit être retourné.

 

C. Absence de purge des vices de forme entachant le bon de commande

Pour échapper à la nullité du bon de commande pour vices de forme, la société F. S. prétend avoir remis des brochures informatives aux acquéreurs sur les matériels vendus, mais sans le démontrer ce qui traduit donc un mensonge.

De même, la société F. S. oppose le fait que les acquéreurs auraient exécuté le contrat de vente en toute connaissance de cause des vices de forme, car ils ont pris possession de l'installation, ont signé une attestation de livraison et ont donné l'ordre au prêteur de débloquer le crédit.

Or, en droit, la nullité qui découle de l'irrégularité formelle d’un contrat au regard des dispositions régissant le démarchage à domicile est une nullité relative et cette nullité ne peut affecter la validité d'un contrat qui, ensuite a été volontairement exécuté.

En vertu de l'article 1338 ancien du code civil, l'acte de confirmation ou de ratification d'une obligation contre laquelle la loi admet l'action en nullité ou en rescision, n'est valable que lorsqu'on y trouve la substance de cette obligation, la mention du motif de l'action en rescision et l'intention de réparer le vice sur lequel cette action est fondée. À défaut d'acte de confirmation ou de ratification, il suffit que l'obligation soit exécutée volontairement après l'époque à laquelle l'obligation peut être valablement confirmée ou ratifiée. La confirmation, ratification ou exécution volontaire dans les formes et à l'époque déterminées par la loi, emporte la renonciation aux moyens et exceptions que l'on pouvait opposer contre cet acte, sans préjudice néanmoins du droit des tiers.

Il  se  déduit  de  ce  texte  que  la  confirmation  d'un  acte  nul  exige  à  la  fois  la connaissance du vice l'affectant et l'intention de le réparer.

Dans la présente affaire,  la Cour relève que les acquéreurs n’ont pas eu connaissance des vices affectant l'acte et que l'exécution  du contrat (réception des matériels installés, demande  de libération des fonds, contrat de vente passé   avec Erdf, litige   quant au manque de productivité) manifesterait l'intention de les réparer.

De fait, la nullité du contrat de vente est encourue et la société F. S. est condamnée à reprendre les matériels.

Consécutivement au prononcé de la nullité du contrat de crédit, les acquéreurs sont fondés à réclamer le remboursement des échéances de remboursement qu'ils ont payées.

 

III. Que retenir de cette affaire ?

Un contrat de vente est nul si :

  • Il ne précise pas la nature et les caractéristiques des biens ou des services proposés ;
  • Les conditions générales de vente figurant au dos du bon de commande ne complètent pas utilement le recto du document ;
  • Le formulaire de rétractation doit être aisément détachable.

Si les vices de forme d’un bon de commande peuvent être purgés, c’est à la condition d’avoir connaissance de ceux-ci.

Lorsque la nullité de la vente est obtenue, l’acquéreur-emprunteur est en droit de réclamer le remboursement du crédit (sous conditions bien entendu).

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Maître Grégory Rouland

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Avocat au Barreau de PARIS

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