BRÈVE La négociation collective par le DS

Le recul du syndicalisme favorise les inégalités salariales


Par Rédaction Juritravail - Modifié le 25-03-2015

Le recul du syndicalisme favorise les inégalités salariales

L'affaiblissement des syndicats contribue à creuser les inégalités de revenus. Une progression du taux de syndicalisation pourrait combler cet écart. Pour cela, la Direction générale du Trésor avait déjà émis quelques recommandations, comme une réforme du financement des syndicats à travers de nouvelles incitations financières à l'adhésion à un syndicat.

D'après le magazine Finances et Développement du Fonds monétaire international (FMI) de mars 2015, le recul du syndicalisme aurait favorisé l'accroissement des inégalités salariales.

La baisse de la syndicalisation défavorable aux petits salaires

D'après Florence Jaumotte et Carolina Osorio Buitron, les deux économistes à l'origine de l'article paru dans le magasine du FMI, les inégalités de revenus s'accroissent depuis les années 80 et le taux de syndicalisation ainsi que le pouvoir du syndicalisme, pourraient en être à l'origine.

Il est coutume d'entendre chez les économistes que l'évolution du taux de syndicalisation ou du salaire minimum touche les travailleurs ayant des salaires bas ou moyen, mais n'a pas vraiment d'effet direct sur les hauts salaires.

Mais selon les deux économistes, il est clairement établi qu'une plus faible syndicalisation est associée avec un accroissement de la part des revenus les plus élevés, ce qui va à l'encontre des idées reçues.

Inverser la tendance en égalisant la distribution des salaires

Les études économiques qui ont été menées montrent que les syndicats et le salaire minimum (SMIC et minimum conventionnel) peuvent modifier la distribution des revenus dans sa partie inférieure et intermédiaire, afin de réduire les inégalités.

Si d'après les deux économistes, les inégalités, dans une certaine proportion, promeuvent l'efficacité en incitant à travailler et investir davantage, un accroissement de ces inégalités est à proscrire. Une intervention du gouvernement est donc indispensable lorsque cet écart se creuse en excès et qu'il permet aux riches de manipuler le système économique et politique en leur faveur.

A cet effet, en France, la Direction générale du Trésor avait proposé en 2014 d'engager des réformes afin de faire repartir le taux de syndicalisation à la hausse, principalement via des incitations financières (voir ci-dessous).

Certains économistes ne sont pas d'accord avec cette théorie et attirent cependant l'attention sur les "désavantages" d'un trop grand pouvoir syndical conjugué avec l'augmentation du salaire minimum qui, selon eux, pourraient conduire à un accroissement du taux de chômage en maintenant des salaires au-dessus des niveaux d'équilibre du marché.

>> Dossier conseillé : Tous les moyens des délégués syndicaux (réunions, déplacements, communication ...)

La situation en France

En France, la situation est très paradoxale : le taux de syndicalisation se trouve parmi les plus faibles de l'OCDE puisqu'il s'est stabilisé à environ 8%, mais les syndicats bénéficient d'une forte présence en entreprise avec un taux de couverture conventionnel très élevé.

En effet, malgré un faible nombre d'adhérents, 56% des salariés déclaraient (entre 1996 et 2005) qu'un ou plusieurs syndicats étaient présents dans leur entreprise, et le taux de participation aux élections professionnelles a été de 43% en 2013.

Si l'on sait que le faible taux de syndicalisation en France est en partie dû au fait que tous les salariés – syndiqués ou non – profitent des avantages négociés par les syndicats, la Lettre Trésor-Éco (émise par la Direction générale du Trésor) recommande de promouvoir un syndicalisme d'adhérent pour plusieurs raisons :

  • dans les pays qui l'ont mis en place, l'employeur y trouve un dialogue social plus apaisé, plus propice au débat, avec des relations professionnelles plus coopératives. Plus le taux de syndicalisation est faible, plus le dialogue social s'instaure difficilement. En outre, la qualité du dialogue social est un facteur de bon fonctionnement de l'économie française ;
  • le taux de syndicalisation est un élément de la légitimité des instances syndicales ;
  • les salariés sont davantage impliqués dans le fonctionnement des organisations syndicales et certaines études démontrent qu'il existe une corrélation positive entre taux de syndicalisation et taux d'emploi.  

Les pistes avancées pour accroitre le taux de syndicalisation chez les salariés français ? Puisque les incitations fiscales ne semblent pas être un critère déterminant dans le choix du salarié d'adhérer ou non à un syndicat (alors qu'elles sont pourtant très avantageuses par rapport au reste de l'Europe), la Lettre Trésor-Eco émise par la Direction générale du Trésor en 2014 recommandait au Gouvernement d'instaurer un chèque syndical ou une prime syndicale.

Ce système a déjà été instauré dans certaines entreprises : l'entreprise distribue des chèques syndicaux que le salarié peut remettre à l'organisation syndicale de son choix pour y adhérer et la soutenir.

Sources : Lettre Trésor-Éco n°129 La syndicalisation en France: paradoxes, enjeux, perspectives et magasine Finances et Développement mars 2015

À propos de l’auteur

Commenter cet article

Pour commenter cet actualité, veuillez vous connecter.

Votre message a bien été enregistré.
Vous ne pouvez pas ajouter un nouveau commentaire. Un intervalle de 30 minutes est nécessaire entre chaque commentaire pour éviter les spams.

Les informations recueillies sur ce formulaire sont destinées à Juritravail aux fins de traitement de votre demande et la réception d'information juridique par email. Elles font l’objet d’un traitement informatique destiné au service marketing de Juritravail.

Pour connaître et exercer vos droits, notamment de retrait de consentement à l'utilisation de vos Données, veuillez consulter notre Charte de protection des Données Personnelles et nous contacter à l'adresse suivante : [email protected].

loader Juritravail