Des salariés d'une marque américaine de vêtement sportswear dénoncent les pratiques abusives de l'enseigne. 

Dès l'embauche des salariés, la marque n'a qu'une obsession : le "look". L'entreprise  a établi un "dress code" bien particulier dont l'objectif est d'inciter à l'achat.

Tout d'abord, la majorité des vendeurs sont castés dans la rue puis sont choisis sur leur simple physique pour participer à un entretien collectif. Ainsi, c'est l'apparence et le paraître qui est primordial afin de décrocher un entretien d'embauche.

Les vendeurs sont d'ailleurs nommés "modèles".

Selon Maxime, recruté à l'occasion de l'ouverture du magasin Hollister à Lyon, lors de l'entretien "on nous pose trois questions, mais surtout, on nous prend en photo sous toutes les coutures". Il déclare également, "j'ai vu faire la directrice du magasin : elle regarde les photos sur son ordinateur et dit "oui, non" sans jeter un oeil au CV".

Ainsi, selon lui, toutes les vendeuses de l'enseigne sont minces, ont les cheveux longs et les dents très blanches. Les vendeurs masculins, quant à eux, ont "la mâchoire carrée et le corps bien baraqué". Tous sont très jeunes.

Aux États-Unis et en Grande-Bretagne, le Groupe a déjà été condamné, et ce à plusieurs reprises, pour discrimination à l'embauche.

Une fois embauchés, les vendeurs font l'objet d'un contrôle permanent de leur apparence et de leur look. Ils font ainsi office de publicité ambulante.

Le règlement intérieur du magasin contient des clauses interdisant toute utilisation d'eye liner ou de rouge à lèvres.  Il définit une longueur standard des ongles des mains, des teintes autorisées pour le vernis à ongle des pieds.

Les coiffures autorisées sont affichées dans la salle du personnel.

L'apparence des salariés est donc totalement contrôlée. Aucune marge de manoeuvre, aucune déviance en terme de look n'est autorisée. A cet effet, les vendeurs sont même contraints de porter sur leur lieu de travail uniquement les vêtements vendus dans la boutique, qu'ils doivent acheter sur leur propre pécule. A défaut, selon les dires d'un ancien employé, les vendeurs sont renvoyés chez eux.

Les salariés remplaceraient donc les mannequins en plastique.

Selon Loïc Lerouge, juriste spécialiste des risques psychosociaux, "l'ensemble de ces restrictions pourrait constituer une atteinte assez forte à la liberté de se vêtir".

Au delà de leur apparence contrôlée des ongles de pieds jusqu'au bout des cheveux, les conditions de travail sont également dénoncées. Dès 5 heures du matin, la musique est poussée à un volume sonore très haut afin de pousser au maximum la productivité des salariés. Toute fraternisation est interdite : un formulaire remis à chaque nouveau salarié précise que l'employé doit "éviter d'avoir des interactions sociales ou romantiques en dehors du lieu de travail" avec ses collègues.

Un contrat de travail à temps partiel prévoyant une durée hebdomadaire de 10 heures peut aboutir à la réalisation de 50 heures hebdomadaires, sans que celles-ci n'apparaissent sur le bulletin de paie.

En France, ces pratiques pourraient être sanctionnées par les juges comme n'étant pas conformes au droit du travail.

A suivre ...

"Info-plus" La tenue de travail

Une tenue de travail peut être rendue obligatoire du fait, notamment, de règles d'hygiène et de sécurité (équipements de protection individuelle, tels que les chaussures de sécurité, le casque...).

Dans ce cas, votre employeur peut, et même doit vous les imposer puisqu'il est responsable de votre sécurité sur le lieu de travail (articles R4321-1 et R4321-4 du Code du travail ).

Des tenues de travail sont également parfois imposées du fait de pratiques commerciales.

La liberté vestimentaire n'étant pas considérée comme étant une liberté fondamentale, elle peut donc être limitée par l'employeur dès lors qu'elle est justifiée par la nature de la tâche à accomplir et proportionnée au but recherché (Cass. Soc. 28 mai 2003, n°02-40273).

Source : Le Point 19 avril 2013