En effet, dans une note adressée au Gouvernement, dont le journal Les Échos s'est procuré une copie, Didier Migaud, premier président de la Cour des comptes, sollicite le Gouvernement afin que soit menée une "réflexion sur le bilan de l'aménagement du temps de travail, la cartographie des métiers et l'organisation du travail, dans la perspective d'une meilleure disponibilité et de gains de productivité" avec les syndicats.

Selon la Cour, l'organisation du temps de travail à EDF est une "mosaïque complexe d'accords locaux, permettant des aménagements très différents, sans unité, par entités, par métiers et par zones, comportant des différences sensibles de traitement entre les salariés sans véritable justification".

La durée annuelle du travail, inférieure à la durée de référence de la branche, est mal suivie. En effet, la Cour constate qu'aucune des entreprises du groupe "ne dispose d'un outil fiable de contrôle de décompte des temps de travail".

La réaction des syndicats à cette note de la Cour se fait vive.

Laurent Langlard, délégué cégétiste, a déclaré auprès de l'AFP qu'"encore une fois la Cour des Comptes sort de ses prérogatives, et fait plus de politique que de comptabilité. C'est insupportable, le temps de travail chez EDF ne fait pas partie de ses prérogatives". Il a ajouté : "c'est un grand groupe et dans les établissements les règles et les temps de travail sont différents, comme dans tous les grands groupes".

Il a, à cette occasion, rappelé que les "obligations de service public, 24 heures sur 24(…) génèrent une organisation du travail bien particulière".

Vincent Rodet, délégué syndical central CFDT, regrette que "c'est à nouveau un focus malheureux avec en message subliminal : chez EDF, on travaille peu, mais on est beaucoup payé".

La réaction des syndicats peut néanmoins s'expliquer par le fait que l'organisation du temps de travail dans leur société est issue d'accords collectifs, qui sont donc issus de la négociation collective. Ils se sont donc battus, en tant que délégués syndicaux, afin d'obtenir les meilleurs contreparties qui soient pour les salariés.

Toutefois, il semblerait que les conclusions des sages se rapprochent de celles de la direction. Rappelons que, courant avril, Henri Proglio, PDG du groupe, avait ouvert un chantier afin de "faire évoluer les pratiques et les règles liées à l'organisation du temps de travail" et "fournir aux managers les outils de suivi et de contrôle du temps de travail des salariés".

Le calendrier de ce chantier n'est pour le moment, pas fixé. EDF, en plein renouvellement de ses effectifs, doit se lancer dans un programme massif d'investissement de son parc nucléaire, qui nécessitera forcément des changements d'organisation.

"Info-plus" Négociation collective et temps de travail

Chaque année, l'employeur est tenu d'engager une négociation annuelle obligatoire portant sur la durée effective et l'organisation du temps de travail, notamment la mise en place du travail à temps partiel ou l'augmentation de la durée du travail à la demande des salariés. Elle peut également porter sur la réduction du temps de travail (article L2242-8 du Code du travail).

De nombreux aménagements à la durée légale du travail sont possibles par le biais de la négociation collective qui permet ainsi de conclure des accords collant à la réalité et au contexte de l'entreprise.

Sources : Les Échos, 15 septembre 2013 et Le Figaro, 16 septembre 2013