En effet, depuis 4 heures ce lundi 3 juin 2013, les salariés mécontents ont allumé des pneus à l'entrée du parking de l'usine d'Amiens-Nord, et ce, afin de protester contre l'actuelle situation. Une quarantaine de salariés s'est rendue à Nanterre en autocar.

Mickaël Wamen, délégué CGT, a déclaré que "le feu ? Ça va durer jusqu'à ce que le car revienne". "Quand on fait des bénéfices comme ça, il n'y a pas de raison de fermer une usine".

La Direction du fabricant de pneus a annoncé, le 28 mai 2013, qu'aucun repreneur n'avait été trouvé.

Rappelons que, lors d'une réunion extraordinaire du comité centrale d'entreprise (CCE) en date du 30 janvier 2013, le groupe Goodyear-Dunlop a annoncé son intention de fermer le site d'Amiens-Nord, ce qui aboutirait à la destruction de 1.173 emplois. Cette décision est intervenue après 5 années de négociation avec les organisations syndicales, plus précisément avec la CGT, organisation majoritaire sur le site d'Amiens.

Le blocage du site à été décidé, vendredi 31 mai 2013, par 400 à 500 salariés, qui s'étaient réunis dans une salle municipale de la ville, à cet effet.

Franck Jurek, secrétaire adjoint du comité d'entreprise, a déclaré "on bloque l'usine pour défendre nos emplois. On veut marquer un grand coup et faire voir aux qu'on se bat toujours pour garder nos boulots". "On fait brûler des pneus, c'est symbolique" ajoutant que les pneus utilisés étaient des pneus usagés qui avaient été livrés par un agriculteur.

Depuis quelques années, l'avenir de cette usine est en péril. En effet, à deux reprises, en 2008 et 2010, la justice française a empêché la mise en place de plans sociaux (la CGT avait usé de son veto en 2008 sur le premier projet de réorganisation de la production devant aboutir à la fusion des sites Amiens-Nord et Amiens-Sud et avait attaqué le projet de plan social de juillet 2011 ainsi que la reprise par le Groupe Titan, pour finalement s'opposer au plan de départ volontaire en 2012).

Une nouvelle fois, les salariés vont tenter de déjouer le projet en tentant de trouver des failles.

L'avocat du comité d'entreprise va notamment demander la suspension de la procédure d'information/consultation, estimant que les informations données aux représentants du personnel par la direction ne sont pas "suffisantes".

L'avocat a également assigné la société ainsi que Titan (groupe américain), les soupçonnant de vouloir délocaliser l'activité d'Amiens-Nord sur le continent américain.

Une note de Goodyear explique qu'"il n'existe aucun projet de délocalisation de l'activité agricole d'Amiens-Nord, où que ce soit. D'ailleurs, l'importation massive en Europe de pneus agricoles fabriqués au Brésil se heurterait à des coûts de transport prohibitifs qui rendraient ces pneus invendables sur le marché européen".

La Direction déclare toutefois avoir tout mis en œuvre afin de trouver un repreneur.

Arnaud Montebourg, Ministre du Redressement productif, a indiqué le 29 mai dans un communiqué qu'"aucun des candidats n'a été en situation de présenter une offre engageante". "Les cinq repreneurs potentiels se sont heurtés aux difficultés que Goodyear leur a opposées : outil de travail très dégradé, mais surtout, Goodyear ne leur a pas donné accès à son réseau de distribution et de commercialisation". Selon le Ministre, "l'usine est parfaitement vendable si Goodyear accepte l'utilisation de la marque, l'utilisation de son réseau de distribution, c'est-à-dire de donner une sorte de licence d'usage de la marque".

"Info-plus" Plan de sauvegarde de l'emploi

Toute entreprise de 50 salariés et plus, qui procède au licenciement économique d'au moins 10 salariés sur une période de 30 jours, doit élaborer un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE). Ce document :

  • regroupe un ensemble de mesures destinées à limiter le nombre des licenciements et à favoriser le reclassement des salariés dont le licenciement est inévitable ;
  • est obligatoirement communiqué à la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE). 

Les représentants du personnel (CE ou, à défaut, délégués du personnel), lorsqu'ils existent, doivent être réunis, informés et consultés sur le contenu du plan de sauvegarde de l'emploi. A défaut, la procédure de licenciement est nulle.

Source : La Parisien et Le Figaro, 3 juin 2013