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Gardiens d'immeuble logés ou employés d'immeuble avec logement de fonction ?

Par Maître Anne BRULLER | 15-06-2018 | 1 commentaires | 12331 vues


Employé ou gardien d'immeuble ? le choix n'est pas toujours aisé, notamment lorsqu'il est prévu l'affectation d'un logement de fonction dans les deux cas. Quelques écueils sont à éviter, confirmés par une jurisprudence récente...

Analyse d'une jurisprudence de la Cour de cassation du 21 septembre 2017 relative à la définition du gardien catégorie B

La convention collective des gardiens, concierges, employés d’immeuble dans son article 18, distingue les salariés relevant d’un régime de droit commun et qui travaillent par conséquent dans un cadre horaire, de ceux qui relèvent du régime dérogatoire de la catégorie B, rémunérés à la tâche évaluées sous forme d’UV dans le cadre d’une amplitude horaire qui ne correspond pas à des horaires de travail précis.

Si l’évidence est là lorsque le salarié est engagé en tant que gardien d’immeuble catégorie B, ce qui nécessite le respect de certaines règles prévues à la convention collective et notamment la mise à disposition d’un logement de fonction dans l’immeuble, le problème est moins évident lorsque le salarié est engagé contractuellement en qualité d’employé d’immeuble de la catégorie A, alors que ses tâches et la mise à disposition d’un logement peut laisser supposer qu’il relève en réalité de la catégorie B.

L’enjeu est de taille, puisque le salaire et certaines règles telles que celles relatives au préavis de rupture ou à l’indemnité de licenciement ou de départ à la retraite ne sont pas les mêmes selon que le salarié relève de la catégorie A ou de la catégorie B

La jurisprudence n’est malheureusement pas suffisamment prolixe en matière de gardiens pour éclairer les intéressés en prise à ce type de difficulté et il est donc utile de faire état de cette dernière jurisprudence, qui fixe par cet arrêt des critères de distinction entre les deux catégories.

L’article 18 en son chapitre B rappelle que correspond au régime dérogatoire de la catégorie B tout salarié répondant à l’exigence légale de l’article L 7211-2 du Code du Travail.

Cet article dispose « qu’est considéré comme concierge, ou employé d’immeuble ou femme ou homme de ménage d’immeuble, toute personne salariée par le propriétaire ou par le principal locataire et qui, logeant dans l’immeuble au titre d’accessoire au contrat de travail, est chargée d’en assurer la garde, la surveillance et l’entretien ou une partie de ces fonctions ». 

Dès lors, en application de cette disposition, doit être compris que le régime dérogatoire de la catégorie B doit s’appliquer à toute personne embauchée comme concierge, ou employée d’immeuble, ou femme ou homme de ménage d’immeuble, dès lors qu’elle exécute une partie des tâches légalement définies et qu’elle loge dans l’immeuble au titre d’accessoire du contrat de travail.

Dans son arrêt du 21 septembre 2017, la Cour de Cassation en tirait la conclusion suivante : « Ayant constaté que le salarié travaillait sans référence à un horaire précis et fait ressortir qu’il bénéficiait d’un logement accessoire au contrat de travail, la Cour d’Appel en a exactement déduit, hors toute contradiction, qu’il avait droit à une indemnité de préavis de trois mois (préavis accordé au régime de la catégorie B) ».

Il résulte de cet arrêt que si le salarié embauché en tant qu’employé d’immeuble de la catégorie A dispose d’un logement, et que ses horaires contractuels ne sont, dans les faits, pas réellement respectés, la requalification s’impose.

En pratique, il conviendra donc de s’assurer, lorsque l’employeur a fait choix d’un contrat d’employé d’immeuble catégorie A avec logement, que les horaires précisés dans le contrat de travail soient strictement respectés, ce qui obligera l’employeur à la mise en place d’outils de contrôle du temps de travail.

A contrario, la Cour de Cassation semble poser là un critère supplémentaire pour décider d’une requalification d’un salarié de catégorie A en salarié catégorie B, en insérant comme exigence à la requalification et non comme conséquence, au-delà des critères du logement et des fonctions, l’exercice des tâches sans horaire précis.

Cette jurisprudence pourrait par conséquent entraîner le principe que la simple affectation d’un logement accessoire au contrat de travail à un salarié embauché en qualité d’employé d’immeuble de la catégorie A, ne suffirait pas à lui garantir une requalification en catégorie B, dès lors qu’il pourrait être démontré qu’il effectue ses fonctions dans le cadre d’un horaire précis.

Il y aura lieu sans doute de revenir sur le sujet, en apportant plus de précisions à cette jurisprudence, avec l’application que les Conseils des Prud’hommes pourront en faire au cas par cas.

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  • Visiteur

    GinoR54 Le 19-12-2019 à 18:31

      visiteur


    Bonjour,
    Je souhaiterais avoir une precision sur les termes Gardien (ou concierge) d'immeuble et employé. Nous sommes une copropriété avec un gardien d'immeuble, logé avec un contrat catégorie B. Dans le réglement de copropriété le poste de "GARDIEN" y est bien spécifié. or, le principe des 10000UV pour un temps plein est mal adapté pour les taches à effectuer pour un immeuble comme le notre. Nous souhaiterions modifier sont contrat pour le passer en catégorie A (accord du gardien).
    Est-ce que dans ce cas le terme "Gardien" ne convient plus ? et il sera nécessaire de modifier le régelement intérieur de l'immeuble (quasiment impossible d'après les règles de la majorité).
    Avant même de se poser cette question avons nous le droit de le faire, même avec l'accord du Gardien ?

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