Quelles raisons poussent un salarié atteint d'une maladie chronique à continuer de travailler ?

Les salariés atteints d'une maladie chronique évolutive (insuffisance rénale, cancer, diabète, mucoviscidose, Sida ou encore hépatite C...) peuvent être contraints de se retirer de la vie professionnelle un certain temps, pour lutter contre leur maladie et suivre des traitements médicaux souvent très lourds (chimiothérapie, radiothérapie...).

En revanche, pour ceux dont l'état de santé leur permet encore de travailler, le choix de poursuivre une activité ou non leur appartient. Chaque personne réagit différemment face à la maladie.

Certains malades préfèrent s'éloigner temporairement de la vie professionnelle pour affronter leur maladie loin du monde de l'entreprise pour diverses raisons, notamment, éviter les regards et les jugements.

En France, 1.000 personnes apprennent chaque jour qu'elles ont un cancer et 400 travaillent.

2ème édition, Baromètre Cancer@Work, 2016

D'autres poursuivent leur activité professionnelle pour des raisons qui leur sont propres :

  • pour se concentrer sur autre chose que sur la maladie et continuer à se sentir utile ;
  • pour garder le contact avec les collègues et le monde de l'entreprise pour conserver un lien social ;
  • par peur de perdre leur emploi ;
  • pour limiter l'impact financier qu'engendre la perte de salaire liée aux absences pour maladie.

Le salarié doit-il parler de sa maladie à son employeur ?

Vous n'avez aucune obligation de parler de votre maladie à votre employeur.

Néanmoins, votre quotidien dans l'entreprise peut être facilité si vous décidez d'aborder votre maladie avec votre employeur, notamment lorsque votre état de santé nécessite que vos conditions de travail soient aménagées.

Les perceptions de la société et des malades évoluent. Aujourd'hui, il est difficile pour 55% des actifs touchés par le cancer, de révéler leur maladie (contre 73% en 2013).

2ème édition, Baromètre Cancer@Work, 2016

Bien que la médecine progresse, que les maladies soient diagnostiquées de plus en plus tôt et que les traitements soient de moins en moins invasifs, il n'en reste pas moins difficile de ne pas informer votre employeur de votre maladie. 

En effet, de nombreuses questions pratiques se posent :

  • comment justifier auprès de son employeur, qu'à certains moments de la journée l'on puisse être fatigué et avoir besoin de se reposer ?
  • comment se rendre régulièrement à des consultations médicales programmées pendant son temps de travail afin d'y recevoir un traitement (séance de radiothérapie, chimiothérapie, dialyse...) sans que votre absence n'interpelle votre employeur ?
Constitue en effet une discrimination directe, la situation dans laquelle, sur le fondement de son état de santé, une personne est traitée de manière moins favorable qu'une autre ne l'est, ne l'a été ou ne l'aura été dans une situation comparable (1).

Quoi qu'il en soit, que vous fassiez le choix d'en parler ou non, sachez que vous ne pouvez être écarté d'une procédure de recrutement ou de l'accès à un stage ou à une période de formation en entreprise, ni même être sanctionné, licencié ou faire l'objet d'une mesure discriminatoire, directe ou indirecte, du fait de votre état de santé (2).

Quelles solutions pour aider au maintien dans l'emploi lorsque l'on est atteint d'une maladie chronique ?

Pour continuer à travailler tout en faisant face à la maladie, des solutions existent. En voici certaines !

1. Solliciter une visite de pré-reprise auprès de la médecine du travail avant le retour au travail

Que ce soit par choix ou par obligation, nombreux sont les salariés qui reprennent une activité professionnelle après avoir été en arrêt maladie pendant une longue période et ce, alors même qu'ils ne sont pas encore guéris.

En vue de favoriser le maintien dans l'emploi des travailleurs en arrêt de travail d'une durée de plus de 3 mois, une visite de pré-reprise est organisée par le médecin du travail à l'initiative du médecin traitant, du médecin conseil des organismes de sécurité sociale ou du travailleur (3).

En effet, vous avez la possibilité de solliciter une visite de pré-reprise auprès de la médecine du travail.

Au cours de l'examen de pré-reprise, le médecin du travail peut recommander (4) :

  • des aménagements et adaptations du poste de travail. Ces aménagements et adaptations peuvent se traduire par :
    - des aménagements en lien avec l'ergonomie du poste de travail (fauteuil de bureau adapté, souris ergonomique...) ;
    - l'adaptation des missions confiées afin que celles-ci puissent correspondre à vos nouvelles capacités ;
    - l'aménagement des horaires de travail pour vous permettre de vous rendre à des traitements et examens médicaux liés à votre maladie et de limiter la fatigue occasionnée par certains rythmes de travail (horaires décalés, travail de nuit...) ;
    - la mise en place du télétravail : il peut vous permettre d'éviter les déplacements fatigants (voiture, transports en commun..) et un environnement de travail néfaste (froid, bruit, agitation…). Il facilite également le suivi d'un traitement et la prise de médicament à des heures régulières et constantes.
  • des préconisations de reclassement ;
  • des formations professionnelles à organiser en vue de faciliter le reclassement du travailleur ou sa réorientation professionnelle.

Sauf si vous vous y opposez, il informe l'employeur et le médecin conseil de ces recommandations afin que toutes les mesures soient mises en oeuvre en vue de favoriser votre maintien dans l'emploi.

2. Demander un mi-temps thérapeutique

Le temps partiel thérapeutique dit aussi "mi-temps thérapeutique" consiste en un aménagement temporaire de la durée du travail.

Il vous permet, sous certaines conditions, de bénéficier d'une reprise progressive d'activité (5).

En effet, si votre médecin estime que votre état de santé ne vous permet pas de reprendre une activité professionnelle à temps plein, mais que la reprise du travail est de nature à contribuer à l'amélioration de votre état de santé, il peut vous prescrire une reprise du travail à temps partiel pour motif thérapeutique.

De même, un mi-temps thérapeutique peut être envisagé si vous devez faire l'objet d'une rééducation ou d'une réadaptation professionnelle pour recouvrer un emploi compatible avec votre état de santé.

3. Demander la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé

Lorsqu'une maladie chronique devient un obstacle pour obtenir ou conserver un emploi, il est tout à fait possible de demander la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH).

Le statut de travailleur handicapé vous permet de bénéficier de dispositifs pour retrouver un emploi ou converser celui-ci, tels que :

  • un accompagnement spécifique à la recherche d'un emploi, des formations professionnelles mais également des contrats ou des stages de rééducation professionnelle destinés à favoriser l'insertion professionnelle ;
  • un aménagement du poste de travail et des horaires ;
  • l'accès à certains postes de la fonction publique par le biais d'un concours aménagé ou d'un recrutement contractuel spécifique.

La RQTH est attribuée pour une durée de 1 à 10 ans renouvelable mais elle peut également être attribuée à vie lorsque le salarié présente une altération définitive d'au moins une fonction physique, sensorielle, mentale ou psychique et que celle-ci réduit ses possibilités d'obtenir un emploi ou de le conserver.

Pour faire une demande de RQTH, vous devez vous adresser à la maison départementale des personnes handicapées (MDPH).