Grève et blocage des transports : est-ce une raison légitime pour ne pas travailler ?
La grève des transports ne vous autorise pas à ne pas aller travailler. Cependant, en cas d'impossibilité totale et concrète de vous rendre au travail, vous devez prévenir et justifier votre absence.
Si tel est le cas, votre employeur ne pourra pas vous sanctionner, mais il n'aura pas l'obligation de vous payer. Pour éviter cette situation, vous pouvez demander des aménagements à votre employeur, s'il l'accepte (télétravail, récupération d'heures, etc.).
Puis-je recevoir une sanction disciplinaire en raison de mon absence causée par une grève des transports ?
Oui. Votre absence ou vos retards répétés en raison d’une grève des transports peuvent, en principe, entraîner une sanction disciplinaire.
Toutefois, si vous êtes en mesure de justifier que la grève vous a réellement empêché de vous rendre sur votre lieu de travail, aucune sanction ne devrait être prise à votre encontre.
Attention : une grève des transports est annoncée à l'avance, par un préavis. Votre employeur peut donc attendre de vous que vous ayez pris les mesures nécessaires pour tenter de vous rendre sur votre lieu de travail, par exemple en partant plus tôt ou en empruntant un autre itinéraire. Pensez à garder une trace de vos démarches.
Si aucune sanction ne peut être prise à votre encontre, vous risquez tout de même de subir une perte de rémunération pour le temps correspondant à votre absence.
La retenue sur salaire effectuée doit être strictement proportionnelle à la durée de votre absence ou de votre retard. En effet, la rémunération est la contrepartie du travail effectué par le salarié. Si vous ne venez pas travailler, votre employeur n'a pas à vous rémunérer.
Notez cependant que votre convention collective peut prévoir un maintien de salaire dans certains cas !
Comment prévenir et justifier mon retard ou mon absence en cas de grève des transports en commun ?
Étape 1 - Avertir mon employeur
Il est nécessaire de prévenir votre employeur, au plus vite, de votre absence ou de votre retard, pour que l'entreprise ne s'en trouve pas désorganisée.
Avertir votre employeur, c'est également lui démontrer que vous faites preuve de bonne foi.
Étape 2 - Justifier mon absence
Pensez à justifier votre absence ou votre retard en fournissant à votre employeur un justificatif.
Vous pouvez :
- demander une attestation à la SNCF ou à la RATP prouvant que vos lignes de transit ne fonctionnent pas ;
- utiliser des captures d'écran du trafic routier bloqué ;
- récupérer des articles de presse indiquant la perturbation des lignes de transport ;
- etc.
Vous pouvez utiliser tous les justificatifs que vous estimez pertinents pour éviter une sanction.
Vérifiez toutefois que le moyen de transport concerné par votre justificatif est bien le seul moyen dont vous disposiez pour vous rendre sur votre lieu de travail.
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Quelles sont les solutions alternatives pour travailler lors d'un mouvement social (télétravail, horaires aménagés, etc.) ?
Pour éviter une perte de rémunération, vous pouvez, si votre employeur ne vous l'a pas déjà proposé, lui demander de mettre en œuvre plusieurs actions, comme :
- aménager vos horaires en vous permettant d'arriver ou de partir plus tôt ou plus tard de l'entreprise ;
- rattraper vos heures ;
- poser des jours de congés payés ou des RTT (jours de réduction du temps de travail) ;
- faire du télétravail.
À noter : si votre poste est éligible au télétravail selon l'accord ou la charte de votre entreprise, votre employeur doit motiver son refus (1).
Sachez que dans une telle situation, de nombreux employeurs sont compréhensifs et pourront ne pas vous tenir rigueur de votre retard, si vous êtes de bonne foi et que les retards ne sont pas trop importants. Cela dépend également de la nature du travail. Dans tous les cas, la discussion est le meilleur moyen de vous mettre d'accord et d'éviter tout problème.
Par ailleurs, le télétravail s'est fortement développé, et de plus en plus d'employeurs sont ouverts à ce dispositif. Selon le type de métier, l'activité de l'entreprise peut continuer et ne pas être bloquée par l'impossibilité pour les salariés de se rendre sur leur lieu de travail (un cuisinier ne pourra pas, en revanche, exercer son activité en télétravail par exemple).
Propositions de loi pour limiter les grèves dans les transports : vers une limitation du préavis de grève dans le secteur ?
Une première proposition de loi déposée au Sénat en février 2024, remise à l'ordre du jour
Après avoir affirmé que, "depuis 1947, pas une seule année ne s'est écoulée sans une grève nationale à la SNCF", le sénateur Hervé Marseille a déposé, en début d'année 2024, une proposition de loi visant à concilier la continuité du service public des transports avec l'exercice du droit de grève (1).
En substance, le texte adopté par le Sénat prévoyait de permettre au Gouvernement de fixer chaque année par décret des périodes pendant lesquelles les grèves des personnels indispensables aux transports terrestres et ferroviaires de voyageurs seraient interdites. Ce décret aurait été publié 90 jours avant la première période concernée.
Les périodes visées auraient été les suivantes :
- de la veille et jusqu'au lendemain des jours fériés ;
- les vacances scolaires ;
- de la veille et jusqu'au lendemain des jours des élections nationales et locales ou des référendums ;
- pendant les événements d'importance majeure (comme les Jeux Olympiques par exemple).
La grève aurait alors été interdite :
- pendant les heures de pointe (entre 6 heures 30 et 9 heures 30 ; entre 17 heures et 20 heures) ;
- pendant des périodes pouvant aller jusqu'à 7 jours consécutifs ;
- et avec un plafond de 30 jours maximum sur une année.
Les salariés qui auraient souhaité faire grève malgré les mesures d'interdiction auraient été passibles de sanctions disciplinaires !
Le texte prévoyait en outre de limiter la durée des préavis de grève à 30 jours maximum. Aujourd'hui, la loi fixe une durée minimale de préavis (5 jours francs), mais aucune durée maximale. C'est ce qui permet les "préavis dormants".
📌 Exemple :
Un syndicat dépose un préavis de grève valable du 1er janvier au 30 juin.
Aucune grève n’a lieu au départ, mais elle peut être déclenchée à tout moment pendant cette période.
Cette pratique peut être vivement critiquée comme étant un moyen de contourner le mécanisme du dialogue social prévu par la loi. Cela vide de sa substance la volonté du législateur de mettre en place un dispositif laissant la possibilité, à l'employeur, d'anticiper les problèmes d'organisations engendrés par la grève.
Examen du texte : cette proposition de loi, modifiée depuis sa version initiale, a été adoptée en séance publique par le Sénat le 9 avril 2024. Elle a ensuite été déposée à l'Assemblée nationale le 10 avril 2024. Le texte a longtemps été délaissé, mais il a récemment été inscrit à l'ordre du jour par la droite républicaine dans sa niche parlementaire du 22 janvier 2026.
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Une seconde proposition de loi déposée à l'Assemblée nationale le 19 novembre 2024 : une entrave périodique au droit de grève
Dans la même lignée, une proposition de loi visant à restreindre la possibilité d'exercice du droit de grève dans le secteur des transports (3) a été déposée à l'Assemblée nationale le 19 novembre 2024.
Le droit de grève, s’il est consacré par la Constitution et doit être respecté, n’est toutefois pas un principe absolu, mais doit être concilié avec la nécessaire continuité du service public.
Corps du texte de la proposition de loi
Portée par le député Olivier Marleix de la Droite républicaine, le texte prévoit l'impossibilité, pour les personnels des secteurs public et privé des transports en commun, d'exercer leur droit de grève :
- à compter de la veille et jusqu'au lendemain des jours fériés ;
- les 2 premiers et les 2 derniers jours de chaque période de vacances scolaires.
Examen du texte : la proposition de loi a été renvoyée à la commission des affaires sociales de l'Assemblée nationale. Près de deux ans plus tard, elle n'a toujours pas été examinée, et il est peu probable qu'elle le soit. Si la situation évolue, nous vous tiendrons informés !
Références :
(1) Article L1222-9 du Code du travail
(2) Proposition de loi, adoptée par le Sénat, visant à concilier la continuité du service public de transports avec l’exercice du droit de grève, n°2453
(3) Proposition de loi visant à interdire les grèves dans les transports en commun la veille des vacances scolaires et les jours fériés, n°602







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