illustration

À retenir :

Définition : une mutation correspond à un changement de poste et/ou de lieu de travail ; elle peut être professionnelle ou disciplinaire.
Mutation disciplinaire : elle sanctionne une faute du salarié, doit être justifiée et proportionnée, et respecter la procédure disciplinaire.
Mutation professionnelle : elle peut être une promotion, liée à une restructuration ou à un besoin de compétences ; le salarié peut aussi la demander pour des raisons professionnelles ou personnelles.
Refus de la mutation : sans clause de mobilité, une mutation dans le même secteur géographique s’impose en principe ; hors secteur géographique, elle modifie le contrat et requiert l’accord du salarié.
Clause de mobilité : si elle est valide et respectée, la mutation s’impose en principe, sauf modification d’un élément essentiel du contrat (salaire, fonctions, temps de travail).
Conséquences du refus : le refus peut justifier un licenciement pour cause réelle et sérieuse, voire pour faute grave dans certains cas ; en cas de mutation hors secteur sans accord, le licenciement peut être contesté devant les prud’hommes.

Qu'est-ce qu'une mutation  ?

La mutation professionnelle désigne un changement de poste et/ou de lieu de travail pour un salarié.

Elle peut prendre plusieurs formes : par un changement de poste sans modification du lieu de travail, ou, par un changement de lieu de travail (mutation géographique) sans modification des fonctions exercées.

Enfin, elle peut également entraîner une modification simultanée du poste et du lieu de travail.

Il existe différents types de mutation, notamment :

  • la mutation professionnelle ;
  • la mutation disciplinaire.

L'employeur peut être à l'initiative d'une mutation, mais le salarié peut également en faire la demande auprès de son employeur.

La mutation peut intervenir aussi bien au sein de l’entreprise qu’au sein du groupe auquel elle appartient.

Mutation interne en entreprise

La mutation interne est un changement de poste ou de lieu de travail au sein de la même entreprise (par exemple, passer d’un établissement à un autre ou d’un service à un autre). L’employeur reste le même et le contrat de travail se poursuit.

Mutation dans le groupe ou changement d’employeur

La mutation vers une autre société du groupe est une situation différente. Elle implique un changement d’employeur. Une clause de mobilité ne permet pas à elle seule de vous l’imposer : votre accord est nécessaire, car votre contrat de travail serait alors rompu avec votre employeur actuel et un nouveau contrat serait conclu avec la nouvelle société.

illustration

Vous cherchez davantage d'informations sur la mutation ?

Consultez notre dossier dédié à la mutation dans le domaine privé et dans la Fonction publique afin de connaître vos droits en matière de mutation professionnelle mais aussi disciplinaire !
Mutation interne et externe, mutation disciplinaire, accord requis du salarié, conséquences du refus du salarié, accord de l'employeur, formulation de la demande...
​​​​

Quelles différences entre mutation disciplinaire et mutation professionnelle ?

La mutation disciplinaire : une alternative au licenciement

La mutation peut avoir un caractère disciplinaire lorsqu'elle est fondée sur une faute commise par le salarié (1).

La mutation qui n'affecte pas la situation du salarié dans l'entreprise, sa fonction, sa carrière ou sa rémunération n'a pas le caractère de sanction disciplinaire (2).

En cas de faute de votre part et dans le cadre de son pouvoir disciplinaire, votre employeur est en mesure de prononcer une sanction à votre encontre. Cette sanction peut prendre la forme d'une mutation disciplinaire dès lors qu'elle est justifiée et proportionnée à la faute commise.

Votre employeur doit alors respecter la procédure disciplinaire légale.

Sachez qu'il existe d'autres situations dans lesquelles votre employeur peut vous proposer ou vous imposer une mutation.

Comment se passe la mutation professionnelle : changement de lieu de travail, demande ou accord du salarié

La mutation professionnelle peut être proposée par votre employeur dans différentes situations, notamment :

  • votre employeur est satisfait du travail que vous accomplissez et pour vous montrer sa reconnaissance, il vous propose une promotion : on parle alors d'une "mutation promotion" ;
  • votre employeur rencontre des difficultés économiques et envisage une restructuration de l'entreprise ou une délocalisation de celle-ci ;
  • votre employeur a besoin de vos compétences dans un établissement différent.

Comment faire une demande de mutation ?

Lettre de demande de mutation au travail

Nous vous recommandons de transmettre votre demande de mutation à votre employeur par lettre recommandée avec accusé de réception ou de lui remettre en main propre contre décharge.

Pensez à préciser dans votre demande de mutation les informations suivantes :

  • l'intitulé du poste sur lequel vous souhaitez être muté ;
  • le lieu d'exercice du poste sur lequel vous souhaitez être muté ;
  • les raisons pour lesquelles vous demandez votre mutation.

Demande de mutation pour raison personnelle ou médicale

Vous pouvez demander une mutation pour des raisons liées à votre état de santé ou à votre situation personnelle, par exemple si votre poste ou votre trajet n’est plus compatible avec votre état de santé. Dans ce cas, joignez à votre demande les justificatifs utiles. Si le médecin du travail vous déclare inapte à votre poste, l’employeur doit rechercher un poste de reclassement compatible avec les recommandations du médecin.

Demande de mutation pour rapprochement familial

Un rapprochement familial, un rapprochement de votre domicile ou la scolarisation d’un enfant handicapé dans un établissement spécialisé sont des motifs que vous pouvez invoquer à l’appui de votre demande. Votre employeur n’est toutefois pas obligé d’y répondre favorablement (voir ci-dessous).

illustration

Vous souhaitez faire une demande de mutation interne ? 

Utilisez notre modèle de lettre pour savoir comment demander votre mutation à votre employeur !

🔍 Vous souhaitez faire une demande de mutation géographique au sein de votre entreprise ? Aidez vous de notre Modèle de lettre de demande de mutation géographique

Est-ce que mon employeur peut refuser ma demande de mutation ?

Votre employeur est en droit de refuser votre demande de mutation. En principe, il n’a pas à justifier son refus, car il décide dans le cadre de son pouvoir de direction.

Néanmoins, son refus ne doit être ni abusif ni fondé sur des motifs discriminatoires (3).

Mutation imposée par l’employeur : dans quels cas est-ce possible ?

L’employeur peut vous imposer une mutation lorsqu’elle constitue un simple changement de vos conditions de travail : mutation dans le même secteur géographique, ou mutation prévue par une clause de mobilité valide et respectée. À l’inverse, il ne peut pas vous l’imposer si elle entraîne une modification de votre contrat de travail.

Lorsque votre employeur vous propose une mutation, la première chose à vérifier est la présence ou non d'une clause de mobilité dans votre contrat de travail (ou dans votre convention collective).

La présence d'une telle clause dans votre contrat conditionne votre droit de refuser ou non la mutation proposée par votre employeur et les conséquences qui peuvent découler de votre refus.

💡 Qu'est ce qu'une clause de mobilité ? Une clause de mobilité est une clause contractuelle par laquelle le salarié accepte à l'avance que son lieu de travail puisse être modifié en cours de contrat. Elle définit alors précisément la zone géographique dans laquelle peut avoir lieu la mutation.

Le refus d'une mutation professionnelle est-il possible ?

En l'absence de clause de mobilité

En l'absence de clause de mobilité, la mention du lieu de travail dans le contrat de travail a simplement valeur d'information.

Votre employeur est donc tout à fait libre de vous proposer une mutation.

Néanmoins, selon que la mutation intervient dans le même secteur géographique ou non, elle s'impose à vous :

  • si la mutation intervient dans le même secteur géographique : elle n'entraîne pas la modification de votre contrat de travail. Il s'agit d'un simple changement de vos conditions de travail. Elle s'impose à vous et vous ne pouvez pas la refuser. Tout refus constitue alors un motif réel et sérieux de licenciement (4) ;

Il arrive que la mention du lieu de travail dans le contrat s'accompagne d'une clause claire et précise stipulant que le salarié exécutera son travail exclusivement dans ce lieu. Dès lors, toute mutation ultérieure nécessite votre accord, peu important qu'elle ait lieu dans le même secteur géographique ou dans un secteur différent.

En présence d'une clause de mobilité

En principe, la mutation d'un salarié en application d'une clause de mobilité ne constitue pas une modification du contrat de travail, peu important que le nouveau lieu de travail soit éloigné du précédent. Elle constitue simplement un changement des conditions de travail du salarié décidé par l'employeur dans l'exercice de son pouvoir de direction (5).

Ainsi, en présence d'une clause de mobilité, la mutation s'impose à vous dès lors qu'elle est conforme aux stipulations de ladite clause.

Clause de mobilité : quel délai de prévenance pour une mutation professionnelle ?

L’employeur doit en principe vous laisser un délai de prévenance raisonnable pour vous organiser (déménagement, garde des enfants, etc.). Ce délai n’est pas fixé par la loi : il peut être prévu par votre contrat ou votre convention collective, sinon il dépend des circonstances. Une mutation annoncée du jour au lendemain peut être jugée abusive.

Licenciement pour refus de mutation

Le refus par le salarié, dont le contrat de travail contient une clause de mobilité, de la modification de son lieu de travail constitue en principe un manquement à ses obligations contractuelles pouvant justifier un licenciement pour cause réelle et sérieuse, mais ne caractérise pas à lui seul une faute grave (6).

Votre refus pourra, dans certains cas, justifier un licenciement pour faute grave s’il constitue une faute d’une telle gravité qu’elle empêche votre maintien dans l’entreprise (7).

📌 Exemple :

Est justifié le licenciement pour faute grave d'un salarié qui refuse, en violation de la clause de mobilité prévue à son contrat et malgré plusieurs lettres de mise en demeure, de rejoindre successivement deux nouvelles affectations (8).

Refus de changement de poste en entreprise : les cas où votre accord est nécessaire

Même en présence d’une clause de mobilité, la mutation est soumise à votre accord, notamment dans les cas suivants :

  • si la clause de mobilité comporte une obligation de domiciliation : l'atteinte au libre choix du domicile personnel et familial n'est possible que lorsque cette atteinte est indispensable à l'intérêt de l'entreprise, proportionnée par rapport au but recherché et si les fonctions du salarié justifient une telle atteinte (9) ;
  • si la clause de mobilité prévoit l'accord des 2 parties pour sa mise en œuvre (10) ;
  • si la mutation s'accompagne d'une modification d'un élément essentiel du contrat de travail telle que le salaire, les fonctions, la durée du temps de travail et/ou d'un changement important dans l'organisation du temps de travail (11) ;
  • si la mutation s'applique pour une durée plus longue que celle prévue par la clause de mobilité (12).
illustration

Besoin d'un avocat ? 

Juritravail vous met en relation avec l'avocat qu'il vous faut, près de chez vous !

Le refus d'une mutation disciplinaire est-il possible ?

En présence d'une clause de mobilité

Lorsqu'une mutation disciplinaire est prononcée conformément à la clause de mobilité présente dans votre contrat de travail, celle-ci doit être envisagée comme un simple changement des conditions de travail (13).

Ainsi, lorsque votre contrat de travail contient une clause de mobilité, la mutation disciplinaire prononcée par votre employeur s'impose à vous. Vous ne pouvez pas la refuser.

En effet, dans ce cas, la mise en œuvre d'une clause de mobilité n'entraîne pas de modification du contrat de travail. En conséquence, même si elle a le caractère d'une mesure disciplinaire, la mutation d'un salarié ne constitue pas un abus dès lors que l'employeur peut invoquer une faute de celui-ci (14).

En l'absence d'une clause de mobilité

Par contre, en l'absence de clause de mobilité, la mutation disciplinaire peut entraîner la modification du contrat de travail. La modification de votre contrat de travail prononcée à titre de sanction disciplinaire, intervenue à l'occasion d'une mutation hors secteur géographique ne peut vous être imposée. En effet, si la mutation que vous entendez contester sort du secteur géographique défini dans votre contrat, vous êtes en mesure de refuser une telle modification de votre contrat de travail.

L'employeur est de ce fait, tenu d'obtenir votre accord express pour prononcer une telle sanction. Ainsi, au moment de sa notification, vous devez être informé de votre faculté d'accepter ou de refuser la modification prévue (15).

Si votre employeur vous impose cette mutation, sans vous demander votre avis, vous pouvez prendre acte de la rupture de votre contrat à ses torts (16). Vous avez également la possibilité de contester la sanction devant le Conseil de Prud'hommes.

💡 Néanmoins, sachez que si vous refusez une mutation disciplinaire, l'employeur peut prononcer une autre sanction à votre encontre, en lieu et place de la sanction refusée. La nouvelle sanction doit être fondée sur les mêmes faits que ceux à l'origine de la sanction que vous avez refusée (17). L'employeur pourra alors dans ce cas opter pour votre licenciement .

Références :
(1) Cass. Soc, 11 juillet 2001, n°99-41574
(2) Cass. Soc, 13 juin 2007, n°06-41368
(3) CA Paris, pôle 6, 10e ch., 12 février 2013, n°11/01205
(4) Cass. Soc, 15 mars 2006, n°04-42073
(5) Cass. Soc, 10 décembre 2014, n°13-23790
(6) Cass. Soc, 5 mai 2010, n°08-44593
(7) Cass. Soc, 24 janvier 2018, n°16-25747
(8) Cass. Soc., 12 janv. 2016, n°14-23290
(9) Cass. Soc, 12 janvier 1999, n°96-40755
(10) Cass. Soc, 10 janvier 2017, n°14-26186
(11) Cass. Soc, 15 février 2006, n°04-45584 et Cass. Soc, 16 septembre 2009, n°08-42529
(12) Cass. Soc, 29 janvier 2014, n°12-27724
(13) Cass. Soc, 5 décembre 2012, n°11-21365
(14) Cass. Soc, 11 juillet 2001, n°99-41574
(15) Cass. Soc. 29 mai 2013, n°12-13437
(16) Cass. Soc., 28 avril 2011, n°09-70619
(17) Cass. Soc. 2 mars 2010, n°08-44902