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En résumé :

✔️ Définition : depuis 2024, le Code civil rend responsable de plein droit celui qui cause un trouble excédant les inconvénients normaux de voisinage, sans aucune faute à prouver.
✔️ Horaires : aucune heure légale ne définit le tapage nocturne. Le repère 22h-7h vient de la réglementation sanitaire, et un bruit de jour peut tout autant être sanctionné.
✔️ Preuves : relevé daté des épisodes, témoignages de voisins, constat de commissaire de justice ou rapport d’acousticien. Pour un bruit de comportement, aucune mesure en décibels n’est exigée.
✔️ Étape obligatoire : avant tout procès, une tentative amiable (conciliation, médiation ou procédure participative) s’impose, quel que soit le montant demandé.
✔️ Interlocuteurs : le maire pour les troubles collectifs (bar, attroupement), la police ou la gendarmerie pour constater et verbaliser, le bailleur si le voisin est locataire.
✔️ Sanctions : 68 euros d’amende forfaitaire pour le tapage nocturne, 135 euros pour un bruit de comportement, avec possible confiscation du matériel en cause.

Tapage nocturne : ce que dit la loi

Sur le plan pénal, le tapage nocturne est un bruit émis par une personne, un animal ou une chose, de nuit, qui trouble la tranquillité d’autrui (1).

Attention : aucun texte ne fixe d’heure officielle de début du tapage nocturne. La nuit s’entend de la tombée du jour au lever du jour. La tranche 22h-7h est retenue par la réglementation sanitaire pour distinguer période diurne et période nocturne. C’est un repère utile, pas une frontière légale.

Exemples : aboiements répétés d’un chien, musique très forte, cris et éclats de voix.

Aucun bruit ne doit, par sa durée, sa répétition ou son intensité, porter atteinte à la tranquillité du voisinage ou à la santé, de jour comme de nuit, dans un lieu public ou privé (2). La responsabilité pèse sur l’auteur du bruit, mais aussi le détenteur de la chose ou le propriétaire de l’animal qui en est à l’origine.

Il n’y a donc aucune mesure acoustique à réaliser pour ces bruits dits "de comportement". Il suffit que le bruit soit assez long, assez répété ou assez intense. L’un de ces trois caractères suffit, sans qu’ils doivent se cumuler.

Ne confondez pas 2 régimes. Les seuils d’émergence (5 décibels le jour entre 7h-22h et 3 décibels la nuit entre 22h-7h) ne s’appliquent qu’aux bruits d’activités : chantiers, commerces, établissements professionnels, équipements techniques (3). Et il s’agit bien d’une émergence, c’est-à-dire de l’écart entre le bruit ambiant avec et sans la nuisance, et non d’un volume absolu. Ces seuils n’ont donc pas vocation à s’appliquer aux bruits de comportement.

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Bon à savoir :

La réglementation locale peut aller plus loin. Des arrêtés préfectoraux ou municipaux fixent fréquemment des horaires pour les travaux de bricolage et de jardinage, ou des règles propres au week-end. Si vous habitez en immeuble, vérifiez aussi le règlement de copropriété.

Voici les principales étapes à suivre pour résoudre le litige.

1. Prévenez et communiquez avec l'auteur des nuisances sonores

En cas de tapage nocturne, la première chose à faire est de tenter de régler le problème à l'amiable, par la voie de la discussion dans un premier temps, afin que l'auteur du trouble :

  • prenne conscience de la gêne qu’il occasionne ;
  • et qu’il prenne les mesures nécessaires : baisser le son, ne pas jouer d’un instrument la nuit, éviter l’aspirateur à 2 heures du matin, etc.

Une démarche courtoise reste la plus efficace. Exposez simplement les faits, les horaires et la gêne occasionnée.

Que le trouble soit ponctuel ou régulier, le règlement à l'amiable est la première solution à tenter, si la situation le permet.

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Droits et recours en cas de troubles ou litiges de voisinage

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2. Gardez une trace des nuisances à l'origine du trouble

Si le tapage se répète, constituez-vous un dossier. Tenez un relevé daté et horodaté de chaque épisode, rassemblez des témoignages d’autres voisins, et envisagez un rapport d’acousticien si la nuisance est durable.

En matière civile, vous pouvez en principe prouver le trouble par tout moyen (4). En revanche, la preuve doit être obtenue loyalement. Une preuve recueillie à l’insu de la personne (filmer son voisin, enregistrer une conversation privée) a longtemps été écartée des débats pour ce seul motif.

Depuis 2023, une preuve déloyale peut être déclarée recevable lorsqu’elle est indispensable à l’exercice du droit à la preuve et que l’atteinte portée aux droits de l’adversaire reste proportionnée au but poursuivi (5).

Ne bâtissez pas votre dossier sur ce seul fondement. Le juge apprécie au cas par cas, et rien ne garantit que votre enregistrement sera retenu. Constituez d’abord des preuves incontestables (relevé écrit, témoignages, constat).

3. Rédigez une lettre de mise en demeure à l'auteur du tapage nocturne

Si la discussion n’a rien donné, adressez d’abord un courrier simple, puis une mise en demeure en lettre recommandée avec accusé de réception. Cette étape matérialise le litige car elle date vos réclamations et prouve que vous avez cherché une solution.

Décrivez précisément l’origine des nuisances, leurs dates et horaires, la gêne subie, et demandez expressément qu’il y soit mis fin.

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Faire cesser un trouble anormal du voisinage

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4. Passez par la tentative amiable obligatoire

Cette étape n’est pas une option. Avant toute saisine du juge, la demande relative à un trouble anormal de voisinage doit être précédée, au choix des parties, d’une tentative de conciliation menée par un conciliateur de justice, d’une tentative de médiation ou d’une tentative de procédure participative (6).

3 précisions utiles :

  • l’obligation s’applique quel que soit le montant de votre demande ;
  • le juge peut prononcer d’office l’irrecevabilité si vous l’avez négligée ;
  • la saisine du conciliateur est gratuite. Renseignez-vous auprès de votre mairie ou de la Maison de justice et du droit.

Vous êtes dispensé de cette étape dans plusieurs cas, notamment en situation d’urgence manifeste ou lorsqu’aucun conciliateur n’est disponible dans un délai raisonnable. En pratique, ce délai s’apprécie au-delà de 3 mois. Vous devez alors justifier par tout moyen de votre démarche et de ses suites.

5. Demandez à un commissaire de justice de faire un constat des nuisances du voisin bruyant

En parallèle, vous pouvez faire constater le tapage par un commissaire de justice. Il relèvera l’heure, la nature du bruit, son intensité et sa répétition, qu’il s’agisse du voisin du dessus, d’une terrasse de bar sous vos fenêtres ou de musiciens de rue.

Ses constatations font foi jusqu’à preuve contraire (7). En matière pénale, en revanche, elles n’ont que la valeur de simples renseignements. Le constat a un coût, à votre charge au départ, variable selon l’heure et la durée de l’intervention. Vous pourrez en demander le remboursement à votre voisin si l’affaire va jusqu’au juge.

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6. Contactez votre mairie pour faire cesser les nuisances

Le maire est chargé de réprimer les attroupements, les bruits, les troubles de voisinage et les rassemblements nocturnes qui troublent le repos des habitants (8). Il peut adresser une mise en garde, prescrire des travaux d’isolation, restreindre des horaires, voire fermer temporairement un établissement.

Cette voie est particulièrement efficace lorsque le bruit provient d’une terrasse de bar, d’une discothèque, d’un équipement public ou d’un attroupement sur la voie publique.

Comment demander au maire d’intervenir en cas de tapage nocturne ? Dans notre dossier, nos juristes vous proposent un modèle de lettre de demande à la mairie pour nuisances sonores du bar voisin prêt à l’emploi.

7. Qui appeler pour signaler un tapage nocturne ? Commissariat de police et/ou gendarmerie

Appelez la police, la police municipale si votre commune en est dotée, ou la gendarmerie. Les agents de police municipale sont habilités à constater ces contraventions par procès-verbal (9).

Ils peuvent aussi verbaliser sur place, sans aucune mesure de décibels pour un bruit de comportement.

Main courante ou plainte ? La main courante enregistre simplement votre déclaration et date les faits. La plainte déclenche l’action pénale. Rien ne vous empêche de déposer plusieurs mains courantes successives avant de porter plainte : l’accumulation démontre la répétition.

8. Saisissez le tribunal de proximité ou le tribunal judiciaire

Si l’amiable a échoué, saisissez le tribunal de proximité (litiges jusqu’à 10.000 euros) ou le tribunal judiciaire, au-delà. En cas d’urgence, le référé permet d’obtenir rapidement des mesures provisoires.

Le juge peut ordonner la cessation du trouble sous astreinte, imposer des travaux d’insonorisation et vous allouer des dommages et intérêts.

À noter : si le voisin bruyant est locataire, le juge saisi par vous ne peut pas résilier son bail car vous n’êtes pas partie à ce contrat. Vous devez alerter son bailleur, qui est tenu d’agir après mise en demeure (10). Seul lui peut demander la résiliation du bail et l’expulsion, et seulement sur le fondement du trouble de jouissance causé au voisinage (11). Notre dossier détaille cette procédure pas à pas.

L’action se prescrit par 5 ans (12), à compter de la première manifestation du trouble, de sa révélation ou de son aggravation.

Attention : une action abusive engagée dans le seul but de nuire, ou reposant sur un trouble inventé ou exagéré, vous expose à une amende civile pouvant atteindre 10.000 euros (13).

9. Anticipez les sanctions : une amende forfaitaire prévue en cas de tapage nocturne

Le tapage nocturne est sanctionné par une contravention de 3e classe :

  • amende forfaitaire = 68 euros / majorée = 180 euros 

Le bruit de comportement, de jour comme de nuit, dès lors qu’il porte atteinte à la tranquillité du voisinage par sa durée, sa répétition ou son intensité est une contravention de 4e classe (14) :

  • amende forfaitaire = 135 euros / majorée = 375 euros 

Dans les deux cas, l’auteur encourt aussi la confiscation de la chose qui a servi ou était destinée à commettre l’infraction : sonorisation, instrument, matériel.

Enfin, le trouble peut avoir des répercussions sur votre santé ou votre vie quotidienne. Vous pouvez vous constituer partie civile pour en demander réparation, preuves à l’appui : certificat médical, arrêt de travail, attestation de suivi.

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Références :

(1) Article R623-2 du Code pénal
(2) Article R1336-5 du Code de la santé publique
(3) Articles R1336-6 et R1336-7 du Code de la santé publique
(4) Article 1358 du Code civil
(5) Cass. ass. plén., 22 décembre 2023, n° 20-20648
(6) Article 750-1 du Code de procédure civile
(7) Ordonnance n° 2016-728 du 2 juin 2016 relative au statut de commissaire de justice, article 1er
(8) Articles L2212-1 et L2212-2 du Code général des collectivités territoriales
(9) Article R15-33-29-3 du Code de procédure pénale
(10) Article 6-1 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989

(11) Articles 4 g) et 7 b) de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989
(12) Article 2224 du Code civil
(13) Article 32-1 du Code de procédure civile
(14) Article R1337-7 du Code de la santé publique ; articles R48-1 et R49 du Code de procédure pénale