Rappel sur la distinction entre licenciement disciplinaire et non disciplinaire
Un licenciement disciplinaire repose sur un comportement fautif du salarié tandis qu'un licenciement non disciplinaire repose sur un motif qui n'est pas en lien avec une faute du salarié. On parle dans ce cas de "licenciement pour motif personnel non disciplinaire".
Le licenciement pour motif personnel non disciplinaire peut être basé sur :
- un refus, par le salarié, de modification de son contrat de travail ;
- une insuffisance professionnelle ;
- une maladie ;
- etc.
🔍Envie d'en savoir plus sur les fautes conduisant au licenciement disciplinaire ? Consultez notre actu : Quels sont les différents types de fautes professionnelles ? Tableau récapitulatif
Perte du permis de conduire et licenciement du salarié : attention au contexte !
La possibilité de licencier un salarié ayant perdu son permis de conduire dépend du contexte dans lequel cette perte est intervenue, à savoir :
- dans le cadre de sa vie personnelle ;
- OU pendant l'exécution de son contrat de travail (contrat de travail à durée indéterminée - CDI ou déterminée - CDD).
La perte du permis de conduire peut-elle être un motif de licenciement ?
Hypothèse 1 : la perte du permis de conduire a eu lieu durant l'exécution du contrat de travail
Lorsque le salarié commet une infraction entraînant le retrait de son permis de conduire durant son temps de travail, vous avez la possibilité de le sanctionner.
Vous devez alors caractériser la faute qu'il a commise, pour pouvoir prendre une sanction proportionnelle à son comportement fautif.
Le licenciement pour motif disciplinaire est possible, étant entendu que la perte du permis de conduire ne justifie pas automatiquement un licenciement pour faute lourde ou grave : vous pouvez en effet prononcer à son encontre un licenciement pour faute simple.
💡 Si le retrait du permis de conduire est la conséquence d’un comportement dangereux du salarié, pour lui-même ou pour les autres, vous pouvez prononcer un licenciement pour faute grave, le privant ainsi des différentes indemnités de rupture. Il peut s'agir d'un cas d’excès de vitesse ou de conduite en état d’ébriété (1).
À lire : Licenciement pour consommation d'alcool au travail : comment procéder ?
Pour choisir la sanction adéquate, vous devez donc étudier attentivement les circonstances dans lesquelles le permis de conduire a été perdu. Ainsi, vous ne pouvez pas sanctionner de la même manière :
- un salarié qui a perdu son permis, car il roulait en état d'ébriété et a causé un accident de la route (2) ;
- et un salarié qui a perdu ses derniers points suite à un excès de vitesse.
Un licenciement disciplinaire ne peut être prononcé si la perte du permis de conduire n’est pas due à une faute du salarié, sauf si l'employeur parvient à démontrer que cette perte entraîne d'importants troubles objectifs dans le fonctionnement de l'entreprise.
Hypothèse 2 : la perte du permis de conduire est intervenue dans le cadre de la vie personnelle du salarié
Lorsque le salarié perd son permis de conduire dans la cadre de sa vie personnelle, vous ne pouvez pas le licencier dès lors que le permis de conduire n'est pas nécessaire à l'exercice de ses fonctions et qu'il a la possibilité de se rendre au travail par d'autres moyens qu'en voiture (3).
En revanche, dès lors que le salarié a besoin de son permis de conduire pour effectuer son travail, sa perte peut constituer une cause réelle et sérieuse de licenciement.
Le principe veut qu'un motif tiré de la vie personnelle du salarié ne peut pas justifier un licenciement disciplinaire, sauf s'il constitue un manquement de l'intéressé à l'une de ses obligations contractuelles (4). Cependant, vous pouvez licencier le salarié pour trouble objectif au fonctionnement de l'entreprise.
Vous devez alors prouver que la perte du permis de conduire du salarié, amené à effectuer des déplacements, l'empêche d'effectuer son travail et que vous subissez, de ce fait, un préjudice.
Hypothèse 3 : la perte du permis de conduire en raison de l'état de santé du salarié
Si la perte du permis de conduire du salarié est due à son état de santé, l'employeur peut dans un premier temps le diriger vers la médecine du travail. Selon la situation, le professionnel de santé pourra recommander une adaptation du poste de travail, si possible, ou dans le cas contraire, déclarer le salarié inapte à son poste.
Dans ce dernier cas, après recherche d'une possibilité de reclassement, et si la situation cause un trouble objectif au fonctionnement de l'entreprise, l'employeur peut procéder à un licenciement pour inaptitude professionnelle ou non professionnelle.
Obligations de l'employeur face à la perte de permis d'un salarié
Recherche de solutions alternatives et reclassement
Plusieurs solutions restent envisageables suite à la perte du permis de conduire du salarié, et ce, en fonction des circonstances (liste non exhaustive et adaptable à chaque entreprise) :
- reclassement temporairement sur un poste sédentaire, si possible ;
- prise de congés payés pendant la période de suspension du permis ;
- suivie d’une formation ;
- suspension du contrat de travail par la prise de congés sans solde ;
- etc.
Perte du permis de conduire par le salarié et le rôle de la convention collective
Certaines conventions collectives peuvent prévoir une obligation pour l'employeur de rechercher une solution de reclassement pour le salarié dont le permis de conduite a été retiré ou suspendu.
Si votre convention prévoit une telle clause et que vous licenciez votre salarié sans avoir cherché à le reclasser, le licenciement prononcé pourrait être reconnu sans cause réelle et sérieuse.
Tel est, par exemple, le cas de la Convention collective des transports routiers.
💡 Une clause du contrat de travail peut mettre à la charge du salarié une obligation d'information à votre égard lorsqu'il se fait retirer ou suspendre son permis de conduire. Les sanctions pouvant être prises à l'encontre du salarié ne seront pas les mêmes selon qu'il respecte ou non son obligation contractuelle.
Que se passe-t-il lorsqu’on perd son permis de conduire en tant que salarié ? Quelles sont les conséquences ?
Un risque de licenciement ou de changement de poste
Comme précisé plus haut, la perte du permis de conduire par le salarié peut conduire à un licenciement disciplinaire ou non, selon le cas. Il peut arriver également qu'en lieu et place du licenciement, le salarié passe sur un poste 100 % sédentaire, dans la mesure du possible. Ce changement de poste peut avoir des impacts sur les composantes de sa rémunération. Il peut s'agir, par exemple, de la perte de primes liées aux déplacements professionnels.
💡 Aucune modification du contrat de travail ne peut intervenir sans accord des parties.
Les droits en cas de licenciement
Selon le type de licenciement (disciplinaire ou non) et selon la qualification retenue, le salarié peut prétendre aux indemnités suivantes :
- l'indemnité de légale ou conventionnelle de licenciement ;
- l'indemnité compensatrice de préavis ;
- l'indemnité compensatrice des congés payés.
À l'issue du licenciement, le salarié peut toucher le chômage s'il en remplit les conditions (aide au retour à l'emploi).
Des recours contre le retrait du permis sont-ils possibles ? Quelles en sont les conséquences ?
Oui, le salarié peut exercer un recours contre le retrait de son permis de conduire devant la juridiction administrative compétente. Selon les cas et les arguments, le retrait de son permis pourra être annulé.
Cette annulation peut avoir des conséquences pour l'entreprise si le salarié a été licencié.
La décision d'annulation du permis a un effet rétroactif, c'est-à-dire que le jugement produit des effets sur la décision de licenciement prise avant lui. Le licenciement prononcé par l'employeur devient donc un licenciement sans cause réelle et sérieuse (5).





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