Pour rappel : la loi portant transposition des accords nationaux interprofessionnels (ANI) en faveur de l’emploi des salariés expérimentés et relatif à l’évolution du dialogue social a été promulguée, puis publiée au Journal officiel (JO) le 25 octobre 2025. Cette loi réforme l'entretien professionnel (1), notamment en renommant le dispositif en "entretien de parcours professionnel".
Qu'est-ce qu'un entretien de parcours professionnel ? Définition
L'entretien de parcours professionnel a pour objectif de définir les possibilités d'évolution du salarié et les formations qu'il serait judicieux de mettre en place pour l'accompagner dans le déroulement de sa carrière professionnelle (2).
C'est donc le rendez-vous idéal pour qu'il puisse échanger avec son employeur et maintenir le dialogue, en abordant ses compétences, ses projets professionnels et la tournure qu'il souhaite donner à sa carrière.
De façon plus large, il est l'occasion d'aborder la situation et le parcours professionnel du salarié au regard des évolutions des métiers dans l’entreprise, mais aussi ses projets personnels pouvant mener à une reconversion professionnelle interne ou externe.
L'entretien de parcours professionnel est-il obligatoire ?
Contrairement à l'entretien annuel d'évaluation, qui est facultatif, l'entretien de parcours professionnel est obligatoire.
Des sanctions sont, par ailleurs, prévues à l'encontre de l'employeur qui ne met pas en place de tels entretiens.
L'entretien de parcours professionnel doit être réalisé pendant le temps de travail et est considéré comme du temps de travail effectif.
À quelle fréquence doit-on organiser l'entretien de parcours professionnel ?
Entretien de parcours professionnel : périodicité tous les 4 ans
La loi du 24 octobre 2025 a modifié l'organisation de l'entretien de parcours professionnel, notamment sa périodicité : il doit avoir lieu dès la première année suivant l'embauche, puis tous les 4 ans (avant la réforme, l'entretien professionnel avait lieu tous les 2 ans).
Un accord collectif d'entreprise ou, à défaut, de branche peut toutefois prévoir une périodicité différente, sans que celle-ci n'excède 4 ans (2).
Entretien de bilan de parcours professionnel : périodicité tous les 8 ans
La périodicité du bilan de parcours professionnel a, elle aussi, été modifiée. Cet entretien doit désormais être effectué tous les 8 ans (au lieu de tous les 6 ans pour les anciens "entretiens professionnels bilan") (2).
💡 À noter : concernant l'articulation de la nouvelle périodicité de l’entretien de parcours professionnel (tous les 4 ans et tous les 8 ans) avec les anciens entretiens professionnels déjà organisés (tous les 2 ans et tous les 6 ans), celle-ci s'applique à partir de la date du dernier entretien professionnel, et non de la date d'entrée en vigueur de la loi en octobre 2025 (2).
Entretien de parcours professionnel de mi-carrière (+ modèle Juritravail)
De plus, un entretien de parcours professionnel de mi-carrière doit être organisé dans les 2 mois à compter de la visite médicale du salarié âgé de 45 ans (2).
Entretien de parcours professionnel de préparation de fin de carrière (+ modèle Juritravail)
Enfin, un entretien dans les 2 années qui précèdent les 60 ans du salarié, afin de préparer la fin de sa carrière, doit être organisé (2).
Entretien de parcours professionnel : obligation après certaines absences
L’employeur doit obligatoirement proposer un entretien au retour de certaines périodes d’interruption du travail, uniquement si aucun entretien de parcours professionnel n’a eu lieu dans les 12 mois précédant la reprise de l’activité (2) :
- congé maternité, congé parental d'éducation, congé d'adoption ;
- congé de proche aidant ;
- congé sabbatique ;
- période de mobilité volontaire sécurisée ;
- congé supplémentaire de naissance ;
- période de temps partiel après congé maternité ou congé d'adoption ;
- arrêt maladie longue durée ;
- mandat syndical.
💡 Bon à savoir : Le salarié garde la possibilité de demander à ce que l'entretien ait lieu à une date antérieure à sa reprise de poste.
Comment se déroule la convocation du salarié aux entretiens de parcours professionnel ? (+ modèles Juritravail)
Aucun formalisme n'est imposé pour la convocation aux entretiens de parcours professionnel.
Il est en principe recommandé de procéder à l'invitation par tout moyen permettant de conserver une trace (email, courrier, etc.). Cela permet également de s'assurer que le salarié a correctement été informé de la date, de l'heure et du lieu de l'échange.
Les entretiens de parcours professionnel s'appliquent-ils à tous les salariés de l'entreprise ?
Tous les salariés sont concernés, quelle que soit la nature du contrat de travail (CDI, CDD, activité à temps plein, activité à temps partiel, etc.).
Comment préparer, mener et réussir les entretiens de parcours professionnel ?
L'entretien de parcours professionnel peut-il être organisé en visioconférence ?
Le Code du travail ne prévoit pas de modalités particulières en ce qui concerne la tenue de cet entretien.
Ainsi, rien ne s'oppose à ce qu'il soit réalisé par visioconférence (3). Il est toutefois recommandé de consulter le Comité social et économique (CSE d'entreprise) avant de procéder ainsi.
Préparez l'entretien de parcours professionnel en amont
Sauf dispositions particulières prévues dans un accord de branche ou d'entreprise, l'employeur est libre d'organiser l'entretien professionnel comme il le souhaite (dès lors qu'il aborde bien les grands sujets imposés par la loi, que nous vous détaillons ci-dessous).
Cependant, bien qu'il ait toutes les cartes en main pour mener cet entretien comme il l'entend, la préparation en amont de ce rendez-vous, à la fois par le salarié et par l'employeur, permet de favoriser des échanges constructifs et pertinents le jour J.
Quels sont les sujets obligatoires à aborder lors de l'entretien professionnel ?
Certains sujets doivent obligatoirement être abordés au cours de l'entretien de parcours professionnel, notamment (2) :
- les compétences du salarié et les qualifications mobilisées dans son emploi actuel ainsi que leur évolution possible au regard des transformations de l'entreprise ;
- la situation et les parcours professionnels, au regard des évolutions des métiers et des perspectives d'emploi dans l'entreprise ;
- les besoins de formation (liés à son activité professionnelle actuelle, à l'évolution de son emploi au regard des transformations de l'entreprise ou à un projet personnel) ;
- les souhaits d'évolution professionnelle. L'entretien peut ouvrir la voie à une reconversion interne ou externe, à un projet de transition professionnelle, à un bilan de compétences ou à une validation des acquis de l'expérience (VAE) ;
- l'activation par le salarié de son compte personnel de formation (CPF), les abondements de ce compte que l'entreprise est susceptible de financer et le conseil en évolution professionnelle (CEP).
Utilisez une trame pour le bon déroulement de l'entretien (+ modèle 2026 de grille d'entretien de parcours professionnel Juritravail)
Pour être certain de cibler les points à aborder au cours de l'entretien professionnel et de ne pas faire l'impasse sur l'un d'eux, l'employeur a la possibilité d'utiliser une trame ou un support d'entretien professionnel.
Ce support pourra évidemment être complété le jour de la tenue de l'entretien professionnel.
À l'issue de ce dernier, l'employeur doit remettre au salarié un document faisant suite à cet entretien (2).
Qu'est-ce que l'entretien-bilan de parcours professionnel, ayant lieu tous les 8 ans ? (+ modèle Juritravail)
Tous les 8 ans, l'entretien professionnel doit vous permettre de faire un bilan du parcours professionnel du salarié, c'est-à-dire de réaliser un état des lieux récapitulatif (2). Avant la réforme, le bilan avait lieu tous les 6 ans.
Concrètement, cet état des lieux des 8 années écoulées permet de vérifier que le salarié a :
- suivi au moins une action de formation professionnelle ;
- acquis des éléments de certification (certificats, diplômes, etc.) par la formation ou par une VAE ;
- obtenu une progression salariale ou professionnelle.
Le contenu de l'entretien-bilan doit donner lieu à la rédaction d'un document, dont une copie sera fournie au salarié.
Depuis quand l'entretien de parcours professionnel remplace l'entretien professionnel ?
Les nouvelles mesures s'appliquent à partir du 1er octobre 2026 pour les entreprises dont un accord d'entreprise ou de branche prévoyait la périodicité des entretiens professionnels et qui n'aurait pas été révisé pour tenir compte de la réforme (1). En effet, ces dernières ont jusqu'à cette date pour engager une négociation en vue de les rendre conformes à la loi.
À défaut d'accord d'entreprise ou de branche ayant été conclu selon la rédaction antérieure à la réforme, les nouvelles mesures s'appliquent depuis l'entrée en vigueur de la loi, c'est-à-dire depuis le 26 octobre 2025 (1).
Quelles sanctions pour l'employeur en cas d'absence d'entretien de parcours professionnel ?
Lorsqu'un employeur ne fait pas bénéficier ses salariés d'entretiens professionnels, il encourt des pénalités ou sanctions.
En effet, dans les entreprises d'au moins 50 salariés, l'employeur doit abonder le CPF du salarié à hauteur de 3.000 euros, si le salarié n'a pas bénéficié (4) :
- des entretiens professionnels récurrents (tous les 4 ans, de mi-carrière, de fin de carrière ou en cas de retour d'absences) ;
- et d'au moins une action de formation autre qu'une formation obligatoire (prévue par la loi, les règlements ou une convention internationale) durant les 8 années précédentes.
L'employeur qui ne s'exécute pas, ou qui verse un abondement insuffisant, risque d'être sanctionné en cas de contrôle de l'inspection du travail. Il pourra, dans un premier temps, être mis en demeure de régulariser la situation. Dans un second temps, à défaut de régularisation, il devra verser un montant équivalent au double de l'insuffisance constatée (donc jusqu'à 6.000 euros) au trésor public (4).
Aucune sanction n'est expressément prévue pour les entreprises de moins de 50 salariés. Il n'en reste pas moins que l'absence d'entretiens professionnels serait un manquement de la part de l'employeur qui peut causer un préjudice au salarié. De ce fait, le salarié qui n'a pas bénéficié d'entretiens professionnels et d'au moins une action de formation (non obligatoire) est en droit de demander des dommages-intérêts devant le Conseil de prud'hommes. Il devra néanmoins prouver que ce manquement lui a causé un préjudice (perte d'opportunité d'évolution professionnelle, etc.).
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Références :
(1) Loi n°2025-989 du 24 octobre 2025 portant transposition des accords nationaux interprofessionnels en faveur de l'emploi des salariés expérimentés et relatif à l'évolution du dialogue social et Article L6315-1 du Code du travail
(2) Article L6315-1 du Code du travail
(3) Foire aux questions du Ministère du travail et des solidarités "L'entretien de parcours professionnel"
(4) Articles L6323-13 et R6323-3 du Code du travail et Cass. Soc., 21 janvier 2026, n°24-12972







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