Quel est le rôle du DUERP pour évaluer les risques en entreprise ?
Le document unique d'évaluation des risques professionnels (DUERP) est un document qui répertorie l'ensemble des risques professionnels auxquels sont exposés les travailleurs, afin d'établir ensuite des mesures et des actions pertinentes pour éviter qu'ils ne se produisent, les réduire, voire les éliminer (1).
En pratique, en tant qu'employeur, vous devez :
- identifier les dangers présents dans son entreprise (un escalier, une machine, un rythme de travail atypique, etc.) ;
- évaluer les risques physiques et psychologiques qui découlent de ces dangers (une chute, une fracture, une pathologie, etc.) ;
- puis retranscrire cette évaluation des risques au sein du DUERP.
Pour mener à bien cette mission, vous pouvez :
- interroger vos salariés sur les dangers et les risques qu'ils rencontrent au quotidien, afin d'identifier des risques qui n'étaient peut-être pas évidents ;
- recevoir la contribution d'acteurs internes et externes (le comité social et économique (CSE) et sa commission santé, sécurité et conditions de travail (CSSCT), le référent santé et sécurité au travail et le service de prévention et de santé au travail auquel vous adhérez, les acteurs de votre branche professionnelle, etc.).
💡 Ne pas élaborer de DUERP ou ne pas le mettre à jour vous expose à des sanctions.
Quels exemples de risques professionnels peuvent être identifiés et évalués au sein du DUERP par secteur d'activité ?
Voici une liste, non exhaustive, d'exemples de 14 grandes catégories de risques pouvant exister au sein des unités de travail de vos collaborateurs.
1. Risques liés à la manutention de charges en entreprise
La manutention de charges se caractérise principalement par des risques dorsolombaires, et plus exceptionnellement, par des risques cardio-vasculaires en cas de port de charges très lourdes.
Exemples de secteurs concernés : les secteurs du bâtiment ou du commerce.
2. Risques liés aux vibrations
Les vibrations peuvent être transmises :
- soit à tout le corps : lorsque le salarié conduit une machine qui vibre comme un engin de chantier ou de manutention ;
- soit uniquement aux membres supérieurs : lorsque le salarié utilise une machine portative, comme un marteau-piqueur.
Elles risquent d'engendrer des douleurs dorsales ou des affections invalidantes au niveau des bras et des mains.
Exemples de secteurs concernés : la métallurgie ou le bâtiment et les travaux publics sont des secteurs qui peuvent être touchés.
3. Risques de chutes ou accidents/situations dangereuses
Le risque de chutes concerne aussi bien les salariés qui travaillent habituellement en hauteur que ceux pour qui le travail en hauteur est plutôt occasionnel.
Exemples de métiers concernés :
- charpentier ;
- couvreur ;
- maçon ;
- manutentionnaire.
Ce risque ne doit pas être négligé puisqu'il s'agit de la 2ème cause d'accidents mortels au travail (2).
4. Risques liés au bruit mettant en péril la sécurité des travailleurs
Le bruit peut entraîner de graves pathologies, parfois irréversibles, telles qu'une perte totale ou partielle de l'audition.
Ce risque peut également être source de stress et de fatigue pour certains salariés. Il n'est pas seulement le fait de l'utilisation d'équipements ou de machines bruyants, mais peut aussi se retrouver dans les open spaces (plateaux ouverts) (3).
Exemples de salariés concernés : les salariés au contact de machines bruyantes comme ceux dans les usines, ceux présents dans des locaux différents mais exposés à ces bruits en raison d'une mauvaise insonorisation, ou, dans une moindre mesure, les salariés qui travaillent en centre d'appels.
5. Risques routiers
Les salariés amenés à utiliser un véhicule dans le cadre de leur travail sont exposés à un risque de dommages corporels irréversibles en cas d'accident (lésions cérébrales ou traumatismes corporels invalidants, par exemple). Dans les cas les plus graves, ce risque peut entraîner le décès. Le risque routier est d'ailleurs le risque professionnel le plus mortel en France (4).
Les accidents de la route sont la 1ère cause de mortalité au travail.
Par ailleurs, le salarié conducteur doit faire face à des contraintes posturales qui, à terme, peuvent générer différentes souffrances physiques telles que des maux de dos ou des douleurs lombaires.
Exemples : sont généralement concernés, les commerciaux itinérants, les VRP, les chauffeurs routiers, les livreurs.
6. Risques liés aux ambiances thermiques
Les risques liés aux ambiances thermiques concernent les salariés qui travaillent dans un environnement au sein duquel les températures peuvent être extrêmes.
Exemples de métiers concernés :
- les employés de pressing ;
- les employés dans un entrepôt frigorifique ;
- les fondeurs ;
- les verriers ;
- les soudeurs ;
- les pompiers ;
- les ouvriers du bâtiment.
L'exposition à de fortes chaleurs ou à des températures glaciales peut avoir des effets néfastes sur la santé physique des salariés (maux de tête, nausées, déshydratation ou hypothermie, etc.).
7. Risques du travail sur écran
Les salariés qui travaillent en permanence sur ordinateur ne sont pas épargnés par les risques professionnels !
Fatigue visuelle, maux de tête, risques cardiovasculaires ou encore troubles musculosquelettiques (gestes répétés des bras et des mains, position assise prolongée) sont les principaux risques liés au travail sur écran. Effectivement, le travail sur écran comporte à la fois des risques liés à la vue, mais également des risques liés à la sédentarité des salariés concernés.
Exemples de métiers concernés : les métiers du secrétariat et de l'informatique, les métiers administratifs et de bureau.
8. Risques psychosociaux
Tous les secteurs et tous les métiers sont concernés par les risques psychosociaux. Les salariés, cadres ou non-cadres, peuvent être exposés au stress, voire à l'anxiété. Selon le ministère du Travail, le déploiement de l'intelligence artificielle au travail peut particulièrement augmenter l'apparition des risques psychosociaux.
Exemples : les risques psychosociaux peuvent être générés par des contraintes de rythme de travail, d'atteinte d'objectifs, de surcharge de travail, du contact avec la clientèle ou du public, de mésentente au sein des équipes, etc.
Ces dernières années, les cas de burn-out se sont particulièrement développés.
Dans la même logique, pensez à évaluer les risques de harcèlement moral, de harcèlement sexuel ou d'agissements sexistes, notamment si de tels cas se sont déjà produits dans votre entreprise.
9. Risques liés aux agents chimiques dangereux
Parfois omniprésents sur les lieux de travail, les agents chimiques dangereux (colles, résines, peintures, etc.) peuvent entraîner des intoxications aiguës, même lorsqu'ils ne sont présents qu'à faible dose mais que le contact est répété (on parle d'intoxication chronique).
Les risques liés à l'exposition des salariés exposés aux agents chimiques sont nombreux : cancer, effets néfastes sur les voies respiratoires, le système nerveux, la capacité de reproduction, etc.
Exemples de métiers concernés :
- la construction (amiante, éther de glycol, produits chimiques dangereux, etc.) ;
- l'agriculture (herbicides, fongicides et insecticides, etc.) ;
- le travail en laboratoire ;
- l'industrie chimique (arsenic, plomb), métallurgique (fumées de combustion, formaldéhyde, etc.) et les raffineries (hydrocarbures polycycliques, benzène, etc.) ;
- le commerce, notamment le nettoyage à sec (perchloroéthylène, solvants, etc.) ;
- la coiffure (aminophénols, etc.) ;
- ou encore la réparation automobile (émissions de moteurs).
10. Risques liés aux contraintes posturales
Les contraintes posturales sont souvent à l'origine de troubles musculosquelettiques (TMS). Ce sont principalement les tendons, les muscles, les ligaments et les articulations qui sont touchés.
Les salariés exposés à de tels risques développent souvent des tendinites, des syndromes canalaires, des lombalgies, des syndromes de la coiffe des rotateurs, des épicondylites et bien d'autres pathologies. Lorsqu'elles sont prises en charge par l'Assurance maladie au titre d'une maladie professionnelle, elles peuvent impacter fortement votre taux de cotisation accident du travail/maladie professionnelle.
Exemples de métiers concernés :
- les métiers du bâtiment et des travaux publics ;
- les salariés qui travaillent sur écran ;
- les salariés en télétravail (sédentarité) ;
- les salariés amenés à utiliser un véhicule (position assise prolongée) ;
- les métiers de la coiffure ou de l'esthétique (position debout prolongée) ;
- etc.
11. Risques liés au travail de nuit ou en équipes successives alternantes
Les salariés concernés sont exposés à un rythme de vie particulier par rapport aux salariés travaillant avec des horaires classiques, la journée (travail de nuit, équipes successives, etc.).
Le rythme biologique peut être perturbé par ces rythmes de travail. Par exemple, un temps de sommeil réduit et/ou décalé peut impacter la santé et l'organisme :
- troubles du sommeil ;
- fatigue ;
- irritabilité ;
- risques cancérogènes ;
- troubles cardiovasculaires ;
- troubles digestifs et risque de surpoids.
Dans une étude récente, l'INRS (Institut National de Recherche et de Sécurité) trace le constat selon lequel 56 % des accidents du travail mortels seraient des malaises mortels, potentiellement liés à l'exposition de la victime à de multiples risques professionnels, dont les horaires atypiques (7).
12. Risques liés à une pandémie (Covid-19, grippe H1N1, etc.)
Même s'il ne découle pas directement de l'activité de votre entreprise mais d'un évènement extérieur, le risque lié à une pandémie ne doit pas être négligé.
Lors d'une crise sanitaire, les risques liés à l'exposition des salariés au virus doivent figurer dans le DUERP : chacun de vos salariés est susceptible d'être porteur d'un virus et de le transmettre aux autres salariés, clients, fournisseurs ou tout autre tiers avec qui il est en contact direct.
Vous devez donc mettre en place des mesures de prévention afin de limiter la propagation du virus au sein de votre entreprise et parmi vos collaborateurs.
Doivent également figurer dans le DUERP, les risques indirects liés aux modifications concernant le fonctionnement de votre entreprise et les conditions de travail de vos salariés, telles que :
- la mise en place du télétravail : certains de vos salariés se sentiront peut-être isolés, veillez à assurer le suivi psychologique de ces salariés ;
- l'aménagement des locaux ;
- la réorganisation du travail et/ou des équipes ;
- l'affectation de collaborateurs à de nouveaux postes de travail.
13. Risques liés aux chaleurs intenses
1er juillet 2025nouvelle obligation
Depuis le 1er juillet 2025, l'employeur a l'obligation d'évaluer les risques liés à l'exposition des travailleurs à des épisodes de chaleur intense, en intérieur ou en extérieur (8). L'objectif est d'assurer la sécurité et protéger la santé des travailleurs contre les risques liés aux épisodes de chaleur intense lorsque les seuils de vigilance météorologique pour signaler le niveau de danger de la chaleur sont activés.
Ainsi, ces épisodes de chaleur intense correspondent à l'atteinte du seuil de niveau de vigilance "jaune" ou "orange" ou "rouge" selon le dispositif élaboré par Météo-France.
Les chaleurs intenses peuvent effectivement causer de l'hyperthermie, de la déshydratation, de la fatigue et de l'épuisement, des malaises, des coups de chaleur, voire le décès du travailleur.
Exemples de métiers concernés :
- les métiers du bâtiment et des travaux publics (maçon, conducteur d'engins de chantier, charpentier, etc.) ;
- les métiers en extérieur (jardinier, bûcheron, paysagiste, etc.) ;
- les métiers de l'agriculture (ouvrier agricole, etc.) ;
- etc.
14. Risques liés aux rayons ultraviolets solaires ou artificiels
L'évaluation des risques en entreprise doit se faire au regard des évolutions des connaissances scientifiques, techniques et médicales.
Récemment, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) a établi un lien entre l'apparition de cancers cutanés (mélanomes cutanés, etc.) et l'exposition professionnelles des salariés aux UV solaires et artificiels (9). Ce risque concerne ainsi :
- les salariés effectuant des tâches en extérieur (BTP, agriculture, social, etc.), exposés aux rayons UV solaires. Ce risque est notamment amplifié en altitude ou lors de tâches sur des surfaces réfléchissantes (neige, sable, eau) ;
- les salariés effectuant des tâches en intérieur (soudeur, graveur, agent de propreté), exposés aux rayons UV artificiels (opérations de désinfection,de stérilisation, de découpe de matériaux, etc.).
Sur ce point, l'ANSES souhaite que les cancers cutanés résultant d'une exposition professionnelle aux UV intègrent les tableaux des maladies professionnelles prévus par la Sécurité sociale, et que les médecins du travail soient formés aux examens dermatologiques pour diagnostiquer rapidement les cancers cutanés.
Exemples de métiers concernés :
- soudeur et graveur ;
- jardinier ;
- routier ;
- serveur en terrasse ;
- surveillant dans les cours de récréation ;
- guide touristique ;
- etc.
Tableau des risques en entreprise
|
Risques |
Conséquences possibles |
|
Risques liés à la manutention de charges en entreprise |
Douleurs dorsolombaires, troubles cardio-vasculaires, etc. |
|
Risques liés aux vibrations |
Douleurs dorsales, affections invalidantes, etc. |
|
Risques de chutes ou accidents/situations dangereuses |
Entorse, fracture, mort, etc. |
|
Risques liés au bruit |
Perte totale ou partielle de l'audition, stress, fatigue, etc. |
|
Risques routiers |
Lésions corporelles, fractures, mort, etc. |
|
Risques liés aux ambiances thermiques |
Hypothermie, nausées, malaise, mort, etc. |
|
Risques du travail sur écran |
Fatigue visuelle, troubles cardiovasculaires, troubles musculo-squelettiques, etc. |
|
Risques psychosociaux |
Stress, dépression, burn-out, suicide, etc. |
|
Risques liés aux agents chimiques dangereux |
Intoxication, cancer, infections respiratoires, infertilité, etc. |
|
Risques liés aux contraintes posturales |
Troubles musculo-squelettiques, etc. |
|
Risques liés aux rythmes particuliers de travail |
Troubles du sommeil, troubles cardiovasculaires, diabète de type 2, etc. |
|
Risques liés à une pandémie |
Maladie, infections, mort, etc. |
|
Risques liés aux chaleurs intenses |
Hyperthermie, déshydratation, épuisement, coups de chaleur, mort, etc. |
|
Risques liés aux UV |
Cancers cutanés, mélanomes oculaires. |
Cette liste n'est fournie qu'à titre d'exemple et n'est pas exhaustive.
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Références :
(1) Articles L4121-1 et R4741-1 du Code du travail
(2) "Stop aux accidents du travail graves et mortels", Anact, publié le 18 octobre 2023
(3) "Quelles sont le conditions de travail des salariés en open space", DARES, décembre 2023
(4) "Le risque routier professionnel", ministère du travail et des Solidarités, mis à jour le 5 juin 2025
(5) "Bilan des conditions de travail 2023" et "Bilan des conditions de travail 2024", Direction Générale du Travail (DGT), publiés respectivement en janvier 2025 et février 2026
(6) Articles R4412-93-1 et suivants du Code du travail
(7) "Malaises mortels au travail : apports de la base EPICEA", étude de l'Institut national de recherche et de sécurité (INRS), publiée en décembre 2024
(8) Articles R4463-2 et suivants du Code du travail ; Décret n°2025-482 du 27 mai 2025 relatif à la protection des travailleurs contre les risques liés à la chaleur; Arrêté du 27 mai 2025 relatif à la détermination des seuils de vigilance pour canicule du dispositif spécifique de Météo-France visant à signaler le niveau de danger de la chaleur dans le cadre de la protection des travailleurs contre les risques liés aux épisodes de chaleur intense
(9) "Cancers de la peau : mieux prendre en compte l’exposition professionnelle aux UV", communiqué de l'ANSES, 15 octobre 2026







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