Quels sont les risques psychosociaux (RPS) ? Définition et exemples
Les risques psychosociaux ne sont pas définis par le Code du travail. Néanmoins, une définition apparaît dans le rapport Gollac, rédigé par un collège d'expertise mis en place par le ministère du Travail, sur le suivi des RPS (1).
Les Risques psychosociaux (RPS) sont comme « des risques pour la santé mentale, physique et sociale, engendrés par les conditions d'emploi et les facteurs organisationnels et relationnels susceptibles d'interagir avec le fonctionnement mental ».
Rapport Gollac
Ils résultent donc d'un déséquilibre et d'un dysfonctionnement dans l'environnement professionnel de votre salarié.
Parmi ces risques psychosociaux figurent notamment :
- le stress au travail ;
- les violences internes à l'entreprise telles que des faits de harcèlement moral ou de harcèlement sexuel, des conflits entre salariés ou entre un salarié et un supérieur hiérarchique ;
- les violences externes à l'entreprise telles que des menaces, des insultes ou encore des agressions pouvant provenir de tiers (clients, fournisseurs...) ;
- les syndromes d'épuisement professionnel comme le burn-out ou le bore-out.
Quels sont les 6 facteurs de risques psychosociaux ?
Bien que l'apparition de troubles psychosociaux chez un salarié puisse être influencée par des facteurs individuels, tels que sa personnalité ou son environnement personnel, les RPS trouvent souvent leur origine dans des causes communes liées à l'organisation du travail.
À ce titre, le rapport Gollac liste 6 grandes familles de facteurs favorisant le développement de risques psychosociaux, selon les caractéristiques individuelles de chaque salariés.
1. L'intensité du rythme de travail et le temps de travail des salariés
L'intensité du rythme de travail et le temps de travail (surcharge, responsabilités trop importantes, accumulation des efforts, objectifs flous ou irréalistes, travail de nuit ou en horaires décalés, télétravail, contraintes de rythme, heures supplémentaires, etc.) ne sont pas sans conséquences pour la santé mentale et physique de vos salariés. Ils peuvent être à l'origine de plusieurs insuffisances : retards, défaut de qualité, débordement ou impossibilité de moduler leur investissement dans le travail.
2. Les exigences émotionnelles
Certaines situations peuvent confronter votre salarié à une souffrance ou à de la peur, mais également à l'obligation de devoir cacher ses émotions à son entourage professionnel. Le rapport au public, principalement avec les autres salariés, mais également avec tout autre interlocuteur professionnel (clients, fournisseurs, etc.) entraîne généralement des exigences émotionnelles qui peuvent favoriser des situations de tension.
3. Le manque d'autonomie
Le manque d'autonomie (absence d'indépendance dans les tâches, de prévisibilité du travail, l'impossibilité d'anticiper, l'absence de marge de manœuvre, la monotonie, l'ennui, etc.) peut peser sur le moral de votre salarié, notamment dans le cas où son autonomie dans le travail a un lien direct avec ses résultats, ou l'évolution de sa carrière professionnelle.
4. Les rapports sociaux au travail
Les mauvaises relations avec les collègues de travail et/ou la hiérarchie, l'absence de reconnaissance par les clients et le public, la dévalorisation sociale du métier, le déséquilibre effort-récompense, mais aussi et surtout les violences internes telles la discrimination et le harcèlement moral ou sexuel sont des facteurs qui entravent gravement la qualité des rapports sociaux au travail.
5. Les conflits de valeurs
Pour votre salarié, exercer un travail dont les valeurs ou les principes sont contraires aux siens (des missions qui apparaissent inutiles, une perte de sens dans son travail, l'absence ou le manque d'adéquation des tâches à la personne, les conflits éthiques, etc.) représente une contrainte majeure, avec des conséquences possibles sur sa santé mentale.
6. L'insécurité de la situation de travail
L'insécurité de la situation de travail (les contrats précaires, les changements de métier ou de qualification sans formation, les retards de versement du salaire, etc.) implique non seulement l'insécurité socio-économique, mais également le risque de changement non maîtrisé de la tâche et des conditions de travail.
Ces facteurs, parfois combinés, peuvent être à l'origine d'un RPS.
Comment et pourquoi prévenir les RPS en entreprise ? Quels sont les enjeux ?
Vous ne devez pas sous-estimer les risques psychosociaux au travail. En plus de porter atteinte à la santé et à la sécurité de vos salariés, ils peuvent sérieusement compromettre la performance et la stabilité de votre entreprise. C'est pourquoi il est essentiel que vous mettiez en place un plan d'actions concret pour les prévenir, et protéger à la fois vos équipes et votre organisation.
Voici quelques raisons qui démontrent la nécessité de prendre au sérieux le sujet des RPS au travail afin de prévenir le mal-être de vos salariés :
Maîtriser l'absentéisme et le turn-over au sein de votre entreprise
La prévention des risques psychosociaux en entreprise est indispensable pour réduire l'absentéisme au travail.
Les RPS peuvent avoir de graves effets sur la santé physique et mentale de vos salariés. Ils sont notamment de nature à favoriser des troubles divers (du sommeil, anxieux, cardiovasculaires, musculo-squelettiques), des dépressions ou encore des maladies psychosomatiques (symptômes d'ordre physique qui affectent un organe ou un système physiologique, et dont l'origine est au moins en partie liée à l'état psychique).
Ils peuvent conduire au burn-out ou au bore-out, voire, dans les cas les plus graves, au suicide. Le burn-out des chefs d'entreprise représente un enjeu majeur de santé et de performance, car les dirigeants peuvent se montrer particulièrement vulnérables face aux RPS. En raison des pressions constantes, de responsabilités accrues ou d'un manque de ressources, les dirigeants peuvent ressentir une solitude intense et une incapacité à faire face aux exigences de leur rôle. Cela peut entraîner des conséquences négatives, non seulement pour leur bien-être personnel, mais également pour la santé de l'ensemble de votre entreprise.
Autant de conséquences néfastes sur la santé de vos salariés, qui nuisent à leur qualité de vie professionnelle et peuvent entraîner des arrêts maladie longue durée, une augmentation de l'absentéisme ou encore, indirectement, un turn-over au sein de votre entreprise.
📌 Depuis quelques années, la progression du taux d'absentéisme impacte la bonne marche des entreprises. Choisir de remplacer un salarié absent implique d'intégrer et former un nouveau collaborateur, ce qui peut être long et coûteux. Ne pas le faire suppose de répartir la charge de travail entre les salariés présents, au risque de générer une pression supplémentaire et d'augmenter leur stress. Il est donc essentiel que vous mettiez en place des mesures pour prévenir l'absentéisme et soutenir le bien-être de vos équipes.
Réduire les coûts pour votre entreprise (taux de cotisation AT/MP, arrêt maladie)
Un autre défi majeur réside dans la réduction des coûts pour votre entreprise. En matière de santé au travail, la prévention est toujours plus efficace que la réparation. Agir en amont vous permet non seulement de protéger l’intégrité physique et mentale de vos salariés, mais aussi de préserver la performance et la rentabilité de votre entreprise.
Bon à savoir : à l'heure actuelle, il n'existe pas de tableau des maladies professionnelles propres aux risques psychosociaux.
Cependant, votre salarié exposé à un ou plusieurs RPS et victime par la suite d'une maladie psychique telle qu'un burn-out peut obtenir la prise en charge de sa pathologie psychique par le biais du comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRMP).
De même, lorsque l'exposition à un RPS conduit à son décès (comme dans le cas d'un suicide par exemple), celui-ci pourra être reconnu comme ayant une origine professionnelle et qualifié d'accident du travail.
La reconnaissance d'une maladie ou d'un accident comme étant d'origine professionnelle a nécessairement un coût pour votre entreprise :
- le versement, au profit de votre salarié, d'indemnités complémentaires sans délai de carence ;
- un impact sur votre taux de cotisation accident de travail maladie professionnelle : celui-ci pourra être réévalué à la hausse.
Dans certains cas, votre responsabilité peut également être engagée (votre faute inexcusable peut être retenue).
Bon à savoir : selon les dernières estimations de l'assurance maladie, le coût social du stress en France (dépenses de soins, celles liées à l'absentéisme, aux cessations d'activité et aux décès prématurés) a été estimé entre 1,9 et 3 milliards d'euros en 2024.
Gagner en productivité
La prévention des risques professionnels peut également contribuer à gagner en productivité. Plus une personne a des contraintes physiques ou morales, moins elle sera productive.
Des salariés qui se sentent bien au travail présentent moins de risques d'être absents mais sont également plus impliqués et motivés. La qualité et la quantité du travail produit résulte en grande partie des conditions dans lesquelles vos salariés travaillent.
Soigner votre marque employeur
Les risques psychosociaux peuvent également porter atteinte à l'image de votre entreprise et avoir des conséquences sur votre marque employeur. Encore connue sous le terme anglais "employer brand", la marque employeur fait référence à l'image que renvoie une entreprise, que ce soit en interne (auprès de ses collaborateurs) ou en externe (auprès d'un public plus large).
Elle est devenue, ces dernières années, un outil d'attractivité incontournable dans les procédures de recrutement et de développement RH : elle contribue non seulement à fidéliser vos salariés en poste, et à les inciter à maintenir leurs efforts positifs pour votre entreprise, mais elle est également un argument de taille pour attirer de nouveaux talents.
📌 À l'heure où les candidats ne regardent plus seulement le salaire ou les autres avantages proposés pour choisir leur entreprise, la marque employeur apparaît de plus en plus comme un outil de recrutement efficace.
Démontrer votre volonté de vous engager dans une démarche RSE
Enfin, une initiative de prévention des RPS est aussi un moyen de vous engager dans une démarche RSE.
En intégrant la prévention des risques psychosociaux dans votre stratégie, vous démontrez votre engagement pour le bien-être de vos salariés et la qualité de vie au travail. Vous favorisez un environnement de travail plus sain et plus positif, qui génère la motivation et la productivité de vos collaborateurs.
Une démarche proactive en matière de RPS renforce l'image de votre entreprise auprès des parties prenantes (clients, investisseurs ou partenaires). Elle améliore votre réputation, et attire de nouveaux talents, tout en réduisant l'absentéisme et en limitant les coûts liés à la gestion des crises.
Là encore, vos actions en matière de RSE ont une réelle importance auprès de vos collaborateurs en poste, et des candidats à l'embauche. Aujourd'hui, les actifs sont attentifs aux engagements pris par une entreprise en matière d'environnement, mais aussi sur le plan humain, notamment en termes de préservation de l'emploi, de pénibilité au travail, d'hygiène et de sécurité des travailleurs, et plus particulièrement, en matière de risques psychosociaux.
Comment détecter les risques psychosociaux pour mieux les combattre ?
Vous ne pouvez prévenir les RPS dans votre entreprise que si vous pouvez les identifier. Cela passe par la mise en oeuvre de quelques bonnes pratiques.
Réaliser un diagnostic (questionnaires, enquêtes...)
L'identification des RPS repose en grande partie sur la mise en place d'un plan d'actions qui peut inclure par exemple l'interrogation de vos salariés, sur la base du volontariat.
Vous pouvez réaliser un diagnostic par le biais de questionnaires ou d'enquêtes basés sur le volontariat. Ce diagnostic vous permettra de mesurer le ressenti de vos salariés, notamment par rapport à votre environnement organisationnel.
📌 Il est indispensable que vous garantissiez l'anonymat des réponses si vous souhaitez que vos collaborateurs se livrent sur leur ressenti, leur vécu et leur expérience de manière objective.
Échanger régulièrement avec les managers et les représentants du personnel
L'échange avec les managers est également un outil primordial afin d'identifier les RPS au sein de l'entreprise. En dépassant leurs croyances limitantes, comme l'idée qu'aborder le mal-être pourrait fragiliser leur autorité, ils peuvent développer une approche plus ouverte et préventive.
Ces derniers ont une connaissance des situations qui peuvent conduire vos salariés à l'exposition aux risques psychosociaux. Ils sont généralement en mesure de constater un éventuel mal-être, notamment lors des divers échanges qu'ils peuvent avoir avec ces derniers (point management, suivi d'objectifs, etc.).
Pour identifier les RPS au sein de votre structure, il est également indispensable de favoriser le dialogue social avec les représentants du personnel présents dans votre entreprise.
🔍 Cette actualité peut vous intéresser : Risques psychologiques et télétravail : comment agir en tant que CSE
Comment mettre en place une démarche de prévention des risques psychosociaux (RPS) au travail ?
Votre obligation générale de santé et de sécurité à l'égard de vos salariés (3) suppose que vous preniez les mesures nécessaires pour assurer leur sécurité et protéger leur santé physique et mentale. Ces mesures comprennent :
- des actions de prévention des risques professionnels ;
- des actions d'information et de formation ;
- la mise en place d'une organisation et de moyens adaptés.
Réaliser une évaluation précise des risques professionnels au sein de votre entreprise
Une fois que vous aurez votre diagnostic des RPS auxquels sont exposés vos salariés, il est indispensable de mettre en place une démarche de prévention de ces risques dans votre entreprise. Précisément, il s'agit d'évaluer les risques psychosociaux existants, afin de mettre en place un plan d'actions.
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Vous êtes l'acteur essentiel de cette évaluation, mais vous pouvez associer à votre analyse :
- le CSE ;
- la commission santé, sécurité et conditions de travail (CSSCT) ;
- le service de prévention et de santé au travail (médecine du travail) auquel vous adhérez.
Mettre à jour votre document unique RPS (DUERP)
Vous devrez retranscrire votre analyse des risques professionnels dans votre document unique d'évaluation des risques professionnels (DUERP) et le mettre à jour régulièrement.
Organiser des actions, notamment de formations, pour réduire ou supprimer les risques psychosociaux dans votre entreprise
Différentes mesures s'offrent à vous pour réduire, voire supprimer les RPS, notamment :
- la transformation de votre organisation du travail, de vos méthodes et de votre fonctionnement ;
- la mise en place de formations (notamment à la gestion du stress), et d'ateliers de sensibilisation aux RPS ;
- l'instauration de cellules d'écoute, ou d'un accompagnement psychologique en collaboration avec la médecine du travail ;
- etc.
Zoom sur la subvention "RPS accompagnement"
Si votre entreprise compte moins de 50 salariés, vous pouvez bénéficier depuis le 1er janvier 2024 d'une subvention "RPS accompagnement". Versée par l'Assurance maladie - Risques professionnels, elle vise à vous accompagner dans leur prévention.
🔍 Pour aller plus loin, consultez notre actualité : Subventions contre les risques professionnels : des aides pour les entreprise
Outre la condition d'effectif, votre entreprise doit répondre aux critères d'éligibilité suivants pour prétendre à son bénéfice (4) :
- être une société ou une association ;
- être implantée sur l'ensemble du territoire, en France métropolitaine et dans les DOM ;
- cotiser au régime général de la Sécurité sociale en tant qu'employeur ;
- être à jour des cotisations accidents du travail et maladies professionnelles.
De plus, vous devez être déjà engagé dans une démarche de prévention des risques, c'est-à-dire :
- être adhérent à un service de prévention de la santé au travail (SPST) ;
- si vous occupez plus de 11 salariés, avoir réalisé et mis à jour votre DUERP depuis moins de 1 an, et le tenir à disposition de la caisse régionale ;
- ne pas faire l'objet d'une injonction ou d'une cotisation supplémentaire en cours ;
- informer votre CSE des investissements prévus, et de la demande de financement réalisée auprès de la caisse régionale.
⚠ Les démarches, en ligne, sont à réaliser sur net-entreprises.fr.
Référence :
(1) Rapport du Collège d’expertise sur le suivi des risques psychosociaux au travail, faisant suite à la demande du Ministre du travail, de l’emploi et de la santé, "Mesurer les facteurs psychosociaux de risque au travail pour les maîtriser" dit Rapport Gollac
(2) Étude INRS et Arts et métiers ParisTech, "Le coût du stress professionnel en France en 2007"
(3) Article L4121-1 du Code du travail
(4) Ameli.fr, "RPS Accompagnement : Une aide financière pour prévenir les risques psycho-sociaux en entreprise", 14 mars 2024






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