68 % des Françaises sont favorables à la mise en place d'un congé menstruel en France

Si en France, le congé menstruel n'est pas encore garanti par la loi, il est en revanche parfois instauré à la discrétion des entreprises, souvent par accord d'entreprise.

Zoom sur 2 pionniers en faveur du congé menstruel :

- Le personnel féminin de la SCOP La Collective bénéficie d'un jour de congé payé supplémentaire. Une initiative permettant à 16 femmes salariées sur les 37 de l'entreprise de s'absenter du travail lorsqu'elles rencontrent des difficultés du fait de leurs menstruations. Pour le cogérant de la coopérative, faire bénéficier de ce congé payé permet de favoriser la qualité de vie au travail (QVT) et l'égalité des chances entre femmes et hommes.

Le congé menstruel est facultatif et la démarche pour en bénéficier est simple. La travailleuse en fait la demande par mail au directeur administratif de la SCOP, le jour même de l'absence si besoin. Cette absence n'est pas considérée comme un arrêt de travail classique et est à la charge de l'employeur.

- À Toulouse, au sein de la start-up Louis qui fabrique du mobilier écoresponsable pour bureaux, il est proposé aux salariées de prendre un jour de congé menstruel, qui peut aussi être décliné en jour de télétravail, une fois par mois, et ce, sans justificatif médical, ni perte de salaire. Une charte de consentement a été signée par l'ensemble des salariés (hommes et femmes) en faveur du congé menstruel.

1/4 des Françaises favorables au congé menstruel

Selon un sondage de l'IFOP, près des 1/4 des Françaises sont favorables à l'arrivée de ce nouveau congé exceptionnel, le congé menstruel.

Toutefois, certaines associations craignent que la généralisation du congé menstruel n'entraîne plus de discrimination envers les femmes dans le milieu du travail ou constituer un frein supplémentaire à l'embauche des femmes.

Débats et inquiétudes autour du congé menstruel

Une loi en faveur du congé menstruel ne fait pas l'unanimité, même au sein d'associations féministes. En effet, plusieurs inquiétudes demeurent :

- Le droit des femmes à disposer d'un congé menstruel pourrait entraîner une discrimination des femmes à l'embauche ?

- Le congé menstruel va-t-il générer de la frustration vis-à-vis des autres salariés voyant leur charge de travail augmentée pendant ces jours de congés ?

- Les hommes peuvent-ils se sentir lésés au nom de l'égalité hommes-femmes ?

- Quid du secret médical ? Aujourd'hui, une femme soufrant par exemple d'endométriose (une femme sur 10) ou de règles douloureuses est généralement suivie par le corps médical. Elle peut bénéficier d'un arrêt de travail (avec délai de carence) sans que la raison soit connue de l'employeur, le secret médical est donc gardé.

Alors révolution ou fausse bonne idée ?

Malgré une réelle avancée en termes de liberté de parole et une désacralisation du sujet des règles dans la société, le sujet du congé menstruel divise et porte au questionnement. La mise en place du congé menstruel dans les pays étranger sera donc à suivre de près afin de garantir la non-stigmatisation des femmes et protéger le secret médical.

Le congé menstruel dans le monde : où est-il pris en compte ? Dans quels pays est-il payé ?

L'Espagne : le premier pays européen à légiférer en faveur du congé menstruel

"Nous allons être le premier pays d'Europe à instaurer un arrêt maladie temporaire financé intégralement par l'État pour des règles douloureuses et invalidantes" Irene Montero, ministre de l'Egalité espagnol.

Le 17 mai dernier, l'Espagne créait la surprise en validant un avant-projet de loi prévoyant que les femmes actives auront la possibilité de prendre un congé ( trois jours puis renouvelable deux jours) cas de règles douloureuses (dysménorrhée). Ce congé sera soumis à la validation du médecin traitant.

Le gouvernement de Pedro Sánchez (premier ministre espagnol) va plus loin puisque le texte de loi prévoit à suppression totale de la TVA pour les produits d'hygiène féminine, le renforcement de l'accès à l'IVG dans les hôpitaux publics, mais aussi la possibilité, pour les mineurs, d'avorter sans l'autorisation de leurs parents, dès l'âge de 16 ans.

Prochaine étape : l'adoption du texte de loi par le parlement dans lequel les députés socialistes et de gauche radicale restent minoritaires.

Le droit au congé menstruel existe depuis 75 ans au Japon

Le congé menstruel est inscrit dans la loi depuis 1947. Les entreprises japonaises ne peuvent forcer une salariée à travailler si elle demande un congé menstruel. La salariée peut prendre autant de jours que nécessaire, ils ne seront en revanche pas rémunérés pour 70 % des cas.

Seuls 30 % des entreprises proposent une prise en charge partielle ou complète de ces congés, ce qui explique en partie la faible part de femmes profitant de ce congé. Selon une étude menée par le ministère du travail japonais en 2020, seules 0,9 % des femmes en auraient profité.

Le taux de femmes profitant de ce congé baisse au fil des décennies : en 1965, 26 % des femmes prenaient un congé menstruel, 9 % en 1985, 1,6 % en 2004... Pression sociale ? Volonté de ne pas mélanger vie privée et vie professionnelle ?...

Corée du Sud : un jour par mois depuis 2001

19 % des salariées utilisent leur droit au congé menstruel en Corée de Sud bien qu'il ne soit pas rémunéré. Les femmes ont le droit de prendre un jour de congés par mois. Les entreprises qui ne respectent pas la loi sont passibles d'une amende de 5 millions de wons, soit environ 3.750 euros.

Indonésie : un ou deux jours de congés menstruels par mois

Depuis 2003, en cas de douleurs de règles, les salariées peuvent prendre un ou deux jours de congés, payés par l'entreprise, mais seulement en début de cycle et avec l'obligation d'anticiper la date et de la notifier à son employeur, difficilement applicable en cas de cycles irréguliers…