Procédure de redressement judiciaire : quelques rappels...
Lorsqu'une entreprise, confrontée à des difficultés financières, se trouve en état de "cessation des paiements", elle doit déposer le bilan et demander, sauf exception, l'ouverture d'une procédure collective (redressement judiciaire ou liquidation judiciaire).
📌 Pour mémoire, on parle d'état de "cessation des paiements" pour désigner la situation dans laquelle une entreprise se trouve dans l'impossibilité de faire face à ses dettes immédiatement exigibles (= "passif exigible") avec ses liquidités disponibles (= "actif disponible").
La procédure de redressement judiciaire a vocation à se mettre en place dans l'hypothèse où la situation de l'entreprise n'est pas irrémédiablement compromise.
Concrètement, elle vise à permettre la poursuite de l'activité de l'entreprise, le maintien de l'emploi de son personnel et l'apurement de ses dettes (1).
Elle se décompose en plusieurs phases :
- l'ouverture d'une période d'observation (d'une durée maximale prévue par la loi), durant laquelle la situation de l'entreprise fait l'objet d'un état des lieux approfondi ;
- la mise en place d'un plan de redressement judiciaire définissant les mesures à adopter pour relever la situation (calendrier de règlement des dettes, mise en place des licenciements économiques éventuels, etc.).
Entre autres conséquences, l'ouverture d'une procédure de redressement judiciaire donne lieu à la désignation des organes de la procédure, parmi lesquels figure le mandataire judiciaire, dont l'une des missions est de s'assurer du versement de leurs salaires aux salariés.
Le rôle du mandataire judiciaire dans le paiement des salaires
Dans le cadre de la procédure collective, le mandataire judiciaire a pour mission de représenter et de défendre les intérêts des créanciers, et notamment de préserver les droits des salariés, qui conservent le droit au paiement de leurs salaires.
La procédure de redressement judiciaire donne une place particulière au salarié, puisque celui-ci n'a pas, contrairement aux autres créanciers, à déclarer sa créance (2).
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L'établissement du relevé de créances salariales
Il incombe au mandataire judiciaire, chargé de la procédure, d'établir le relevé des créances salariales sur lequel il doit inscrire l'ensemble des sommes dues aux salariés au titre de leur contrat de travail (3).
Sont notamment visés les :
- salaires ;
- appointements ;
- commissions ;
- accessoires ;
- indemnités de fin de contrat (indemnités compensatrices de préavis, indemnités compensatrices de congés payés, indemnités de licenciement) ;
- etc.
La contestation du relevé de créances salariales
Une fois ce relevé effectué, le mandataire judiciaire, entre autres diligences, le présente au représentant des salariés puis le soumet au juge-commissaire et le dépose au greffe du Tribunal compétent (4). Il veille à sa publication, dans les délais, via un support habilité à recevoir les annonces légales dans le département du siège de l'entreprise.
2 moisPour contester le relevé de créances salariales
Chaque salarié est informé de la nature et du montant des créances admises ou rejetées, ainsi que de la date de dépôt au greffe du relevé des créances salariales (4). Il peut contester ce relevé devant le Conseil de Prud'hommes (CPH), dans un délai de 2 mois.
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Le rôle de l'assurance de garantie des salaires
Qu'est-ce que l'AGS (Association pour la gestion du régime de garantie des créances des salariés) ?
L'assurance de garantie des salaires est un dispositif légal qui a vocation à garantir le paiement de l'ensemble des sommes dues aux salariés dont l'entreprise est en procédure collective (redressement ou liquidation judiciaire) (5). Elle est gérée par l'Association pour la gestion du régime d'assurance des créances des salariés (AGS).
83.200 bénéficiaires de l'AGS2e trimestre 2025
💰 Cette assurance est financée par le biais d'une cotisation patronale, Chaque employeur est tenu d'assurer ses salariés, y compris ceux détachés à l’étranger ou expatriés, contre le risque de salaires impayés (6).
En principe, l'AGS bénéficie à tous les salariés de l'entreprise, dès lors qu'ils sont liés à celle-ci par un contrat de travail.
Comment fonctionne l'AGS ?
Pour que l'AGS intervienne, 2 conditions cumulatives doivent être remplies :
- l'employeur doit faire l'objet d'une procédure collective (redressement ou liquidation judiciaire) ;
- il ne doit pas disposer des fonds nécessaires pour régler à ses salariés l'ensemble des sommes qu'il leur doit au jour de l'ouverture de la procédure.
En pratique, l'AGS est saisie par le mandataire judiciaire. Ce dernier doit d'abord vérifier qu'aucun autre dispositif ne peut assurer la prise en charge du paiement des salaires.
🔍 Pour activer cette garantie, le mandataire judiciaire doit saisir l'AGS :
- en démontrant l'insuffisance de fonds dans l'entreprise pour pouvoir procéder au paiement des salaires ;
- en lui fournissant le relevé des créances salariales qu'il a établi.
AGS : quel est le délai de paiement du salaire en cas de redressement judiciaire ?
5 joursDélai de paiement de l'avance par l'AGS
Dûment saisie, l'AGS avance les sommes dans un délai de 5 jours suivant la réception du relevé de créances salariales, et c'est au mandataire qu'il incombe de répartir les sommes entre les salariés (8).
En pratique, il faut compter aux alentours d'1 mois entre la date de jugement d'ouverture de la procédure collective et le paiement effectif du salaire
Quelles sommes sont prises en charge par l'AGS ?
L'AGS prend en charge différentes sommes dues à la date du jugement d'ouverture de la procédure de redressement judiciaire, parmi lesquelles (9) :
- les salaires ;
- les indemnités liées aux ruptures de contrats de travail intervenant, selon la situation rencontrée, pendant la période d'observation, dans le mois suivant le jugement arrêtant le plan de redressement, etc. ;
- les mesures d'accompagnement résultant d'un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) ;
- etc.
📌 À noter : la garantie de l'AGS n'est toutefois pas illimitée et un plafond existe en fonction de l'ancienneté du salarié dans l'entreprise (10) :
| Ancienneté du salarié au jour de l'ouverture de la procédure de redressement | Montant maximum (année 2025) |
| 2 ans au moins d'ancienneté | 94.200 euros |
| Entre 6 mois et moins de 2 ans d'ancienneté | 78.500 euros |
| Moins de 6 mois d'ancienneté | 62.800 euros |
Paiement des salaires : le rôle du représentant des salariés
Dans les 10 jours qui suivent le prononcé du jugement d'ouverture de la procédure de redressement judiciaire, l'employeur réunit le Comité social et économique (CSE) ou, à défaut, les salariés, qui doivent élire leur représentant (11).
Son rôle est notamment :
- de vérifier le relevé de créances salariales ;
- d'assister ou de représenter le salarié qui conteste les créances devant le CPH.
Redressement judiciaire et salarié en CDI : quels sont les effets ? Ce qui change (et ce qui ne change pas)
| Redressement judiciaire | ||
| Paiement du salaire | Créances salariales nées AVANT le jugement | AGS, selon les modalités et dans les plafonds prévus |
| Créances salariales nées APRES le jugement | Employeur | |
| Maintien du contrat de travail | Oui | |
Références :
(1) Articles L631-1 et s. du Code de commerce
(2) Articles L622-24 (sauvegarde) et L631-14 (redressement par renvoi) du Code de commerce
(3) Articles L625-1 et s. (sauvegarde) et L 631-18 (redressement par renvoi) du Code de commerce, R625-2 et s. (sauvegarde) et R631-32 (redressement par renvoi) du Code de commerce
(4) Article R625-3 (sauvegarde) et R631-32 (redressement par renvoi) du Code de commerce
(5) Articles L3253-1 et s. et D3253-1 et s. du Code du travail
(6) Article L3253-6 du Code du travail
(7) Cass. Soc. 8 janvier 2025, n°20-18484 (prise d'acte) et 23-11417 (résiliation judiciaire)
(8) Site de l'AGS
(9) Article L3253-8 du Code du travail
(10) Articles L3253-17 et D3253-5 du Code du travail, Site de l'AGS
(11) Articles R621-14 (sauvegarde) et R631-7 (redressement par renvoi) du Code de commerce





Bien détaillé, et précis sur les informations d'élaboration