Quel est le délai pour contester une saisie-attribution ?
Le délai pour contester une saisie-attribution est d'un mois à compter de la dénonciation de la saisie. Ce délai est impératif et court dès que le commissaire de justice vous a signifié l'acte de dénonciation de la saisie.
Conformément à l'article R211-11 du Code des procédures civiles d'exécution, « À peine d'irrecevabilité, les contestations relatives à la saisie sont formées dans le délai d'un mois à compter de la dénonciation de la saisie au débiteur. » (1).
💡Point d'attention : ce délai d'un mois est un délai de forclusion. Passé ce délai, votre contestation sera déclarée irrecevable par le Juge de l'exécution, même si vos arguments sont fondés. Il est donc essentiel de réagir immédiatement dès réception de l'acte de dénonciation.
La dénonciation de la saisie vous est signifiée par acte de commissaire de justice dans un délai de huit jours suivant la saisie, conformément à l'article R211-3 du Code des procédures civiles d'exécution (2). C'est cette date de signification qui déclenche le délai d'un mois pour contester.
Devant quel juge devez-vous contester la saisie ?
Vous devez contester la saisie-attribution devant le Juge de l'exécution du lieu de votre résidence. Le Juge de l'exécution est un magistrat du tribunal judiciaire spécialisé dans les procédures d'exécution forcée.
La contestation se fait par voie d'assignation, c'est-à-dire par acte de commissaire de justice qui convoque le créancier à une audience devant le Juge de l'exécution. Vous devez donc faire appel à un commissaire de justice pour délivrer cette assignation.
Quelles sont les formalités obligatoires à respecter ?
La contestation d'une saisie-attribution ne se limite pas à saisir le juge. Vous devez impérativement respecter trois formalités simultanées, sous peine d'irrecevabilité ou de caducité de votre demande.
1. Dénoncer votre contestation au commissaire de justice
Le même jour que la délivrance de l'assignation au créancier, ou au plus tard le premier jour ouvrable suivant, vous devez dénoncer votre contestation au commissaire de justice qui a procédé à la saisie, par lettre recommandée avec accusé de réception (LRAR).
Conformément à l'article R211-11 du Code des procédures civiles d'exécution, « Sous la même sanction [d'irrecevabilité], elles [les contestations] sont dénoncées le même jour ou, au plus tard, le premier jour ouvrable suivant, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, à l'huissier de justice qui a procédé à la saisie. » (1).
👉 Conseil pratique : envoyez cette lettre recommandée le jour même où vous faites délivrer l'assignation par votre commissaire. Conservez précieusement l'accusé de réception, car vous devrez le produire à l'audience pour prouver que vous avez respecté cette formalité.
2. Informer le tiers saisi (votre banque)
Vous devez également informer le tiers saisi — c'est-à-dire votre banque — de votre contestation, par lettre simple. Cette formalité est prévue par l'article R211-11 du Code des procédures civiles d'exécution : « L'auteur de la contestation en informe le tiers saisi par lettre simple. » (1).
Cette information permet à la banque de savoir qu'une procédure judiciaire est en cours et qu'elle doit attendre l'issue de la contestation avant de verser les fonds au créancier.
3. Remettre une copie de l'assignation au greffe
Enfin, vous devez remettre une copie de l'assignation au greffe du Juge de l'exécution au plus tard le jour de l'audience, à peine de caducité de l'assignation.
L'article R211-11 du Code des procédures civiles d'exécution précise : « Il remet une copie de l'assignation, à peine de caducité de celle-ci, au greffe du juge de l'exécution au plus tard le jour de l'audience. » (1).
⚠️ Attention : si vous oubliez de remettre cette copie au greffe, votre assignation sera caduque, c'est-à-dire qu'elle sera considérée comme nulle et non avenue. Votre contestation sera donc rejetée sans examen au fond.
Sur quels motifs pouvez-vous contester la saisie ?
Devant le Juge de l'exécution, vous pouvez soulever toutes les contestations relatives à la créance et à la régularité de la procédure de saisie. Voici les principaux moyens de contestation :
Contestation de la créance elle-même
- prescription de la créance : la dette invoquée par le créancier est-elle prescrite ? Selon la nature de la créance, les délais de prescription varient (5 ans pour les créances commerciales, 2 ans pour les créances de consommation, etc.) ;
- prescription des intérêts : les intérêts réclamés sont-ils prescrits ? Les intérêts peuvent être prescrits même si la créance principale ne l'est pas ;
- contestation du quantum : le montant réclamé est-il exact ? Vous pouvez contester le calcul de la dette, les intérêts appliqués, les frais ajoutés, etc. :
- paiement de la dette : avez-vous déjà payé tout ou partie de la dette ? Vous devez alors produire les justificatifs de paiement.
Contestation du titre exécutoire
- validité du titre : le titre exécutoire sur lequel se fonde le créancier est-il valable ? S'agit-il d'un jugement définitif, d'un acte notarié, d'un titre délivré par un commissaire de justice ? ;
- force exécutoire : le titre est-il revêtu de la formule exécutoire ? Un jugement non définitif ou frappé d'appel ne peut pas fonder une saisie-attribution.
Contestation de la régularité de la procédure
- irrégularités de forme : l'acte de saisie et l'acte de dénonciation respectent-ils les mentions obligatoires prévues par le Code des procédures civiles d'exécution ? ;
- insaisissabilité des sommes : les sommes saisies sont-elles insaisissables ? Certaines sommes sont protégées par la loi (solde bancaire insaisissable, prestations sociales, etc.).
Conformément à l'article L211-4 du Code des procédures civiles d'exécution, « Toute contestation relative à la saisie est formée dans un délai fixé par décret en Conseil d'État. » (3). Ce texte confirme que le débiteur dispose d'un droit général de contestation devant le Juge de l'exécution.
Pouvez-vous obtenir des dommages et intérêts si la saisie est injustifiée ?
Oui, si vous obtenez la mainlevée de la saisie-attribution, vous pouvez demander au Juge de l'exécution de condamner le créancier à vous verser des dommages et intérêts pour réparer le préjudice causé par la saisie.
Le fondement légal : l'article L512-2 du Code des procédures civiles d'exécution
Conformément à l'article L512-2 du Code des procédures civiles d'exécution, « Lorsque la mainlevée a été ordonnée par le juge, le créancier peut être condamné à réparer le préjudice causé par la mesure conservatoire. » (4).
Quel préjudice pouvez-vous invoquer ?
Le préjudice réparable peut prendre plusieurs formes :
- privation de jouissance des sommes : vous avez été privé de l'usage de vos fonds pendant toute la durée de la saisie ;
- gêne financière : la saisie a entraîné des difficultés financières (impossibilité de payer vos charges, découvert bancaire, frais bancaires, etc.) ;
- préjudice moral : la saisie injustifiée a causé un stress, une atteinte à votre réputation, etc.
👉 Point important : vous devez prouver la réalité et l'étendue de votre préjudice en produisant des justificatifs (relevés bancaires, courriers de la banque, attestations, etc.).
Faut-il prouver une faute du créancier ?
Non, il n'est pas nécessaire de prouver une faute du créancier pour obtenir des dommages et intérêts. La simple privation de jouissance des sommes saisies et la gêne financière qui en résulte suffisent à fonder le droit à réparation, dès lors que la mainlevée a été ordonnée par le juge.
Cette solution découle de l'interprétation de l'article L512-2 du Code des procédures civiles d'exécution, qui ne subordonne pas la réparation à la constatation d'une faute ou d'un abus de droit de la part du créancier.
Checklist pratique : les étapes à suivre pour contester
Voici un récapitulatif des étapes à suivre pour contester efficacement une saisie-attribution :
1. Calculer immédiatement le délai d'un mois à compter de la date de signification de l'acte de dénonciation de la saisie.
2. Rassembler les pièces justificatives : acte de dénonciation, titre exécutoire, décompte de créance, relevés bancaires, justificatifs de paiement, etc.
3. Consulter un avocat pour analyser vos moyens de contestation et préparer l'assignation.
4. Faire délivrer une assignation par un commissaire de justice devant le Juge de l'exécution du lieu de votre résidence, dans le délai d'un mois.
5. Le même jour (ou au plus tard le premier jour ouvrable suivant), envoyer une lettre recommandée avec accusé de réception au commissaire de justice qui a procédé à la saisie pour lui dénoncer votre contestation.
6. Envoyer une lettre simple à votre banque (le tiers saisi) pour l'informer de votre contestation.
7. Remettre une copie de l'assignation au greffe du Juge de l'exécution au plus tard le jour de l'audience.
8. Préparer l'audience : argumentation juridique, pièces justificatives, éventuellement demande de dommages et intérêts.
9. À l'audience, produire l'accusé de réception de la lettre recommandée envoyée au commissaire pour justifier de la dénonciation.
Que se passe-t-il si vous ne contestez pas dans le délai ?
Si vous ne contestez pas la saisie-attribution dans le délai d'un mois, le créancier pourra requérir le paiement des sommes saisies. La banque devra alors lui verser les fonds bloqués sur votre compte.
Toutefois, conformément à l'article L211-4 du Code des procédures civiles d'exécution, « le débiteur saisi qui n'aurait pas élevé de contestation dans le délai prescrit peut agir à ses frais en répétition de l'indu devant le juge du fond compétent. » (3).
Cela signifie que même après l'expiration du délai d'un mois, vous conservez la possibilité de contester la créance elle-même devant le juge du fond (tribunal judiciaire ou tribunal de commerce selon la nature de la créance) en demandant le remboursement des sommes indûment versées au créancier. Mais cette action sera à vos frais et plus complexe qu'une contestation dans les délais devant le Juge de l'exécution.
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