L'obligation ne s'arrête pas à la majorité
L'article 371-2 du Code civil est sans ambiguïté : « Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. Cette obligation ne cesse de plein droit ni lorsque l'autorité parentale ou son exercice est retiré, ni lorsque l'enfant est majeur » (1).
💡La pension fixée par le juge aux affaires familiales continue donc de courir après les dix-huit ans de l'enfant tant qu'il ne peut pas subvenir seul à ses besoins, ce qui vise en pratique l'étudiant, l'apprenti faiblement rémunéré, le jeune en recherche d'un premier emploi ou celui qu'un handicap empêche de travailler. Les jugements récents le disent d'ailleurs expressément dans leur dispositif : la contribution est « maintenue au-delà de la majorité tant que l'enfant ne sera pas en mesure de subvenir à ses besoins de manière autonome, notamment en raison de la poursuite de ses études, sous réserve pour la mère d'en justifier au père chaque début d'année scolaire » (2).
Cette dernière précision compte. Le parent qui héberge l'enfant majeur, ou l'enfant lui-même, doit tenir l'autre parent informé de sa situation, en principe chaque année avant la rentrée. Ce n'est pas une faveur, c'est la contrepartie du maintien de la pension.
Qui peut la demander et à qui est-elle versée ?
L'article 373-2-5 du Code civil organise le circuit : « Le parent qui assume à titre principal la charge d'un enfant majeur qui ne peut lui-même subvenir à ses besoins peut demander à l'autre parent de lui verser une contribution à son entretien et à son éducation. Le juge peut décider ou les parents convenir que cette contribution sera versée en tout ou partie entre les mains de l'enfant » (3).
📍Deux conséquences pratiques :
1. D'abord, seul le parent qui assume réellement la charge principale de l'enfant majeur peut réclamer une contribution à l'autre. La Cour de cassation a censuré une cour d'appel qui avait condamné un père à verser 500 euros par mois à la mère pour un étudiant qui vivait chez lui, au motif que la mère exposait des frais de vêtements, de santé et de vacances lors des visites de son fils : « seul le parent qui assume à titre principal la charge d'un enfant majeur peut demander à l'autre parent de lui verser une contribution à son entretien et à son éducation » (4).
2. Ensuite, la pension peut être versée directement à l'enfant majeur plutôt qu'au parent chez qui il vit. La Cour de cassation l'admet depuis longtemps : « le juge peut décider ou les parents convenir que cette contribution sera versée en tout ou partie entre les mains de l'enfant majeur » (5). C'est souvent la solution la plus apaisante quand les parents ne se parlent plus et que l'enfant, lui, gère déjà son logement et ses études.
Pour arrêter de payer, c'est au parent débiteur de prouver
C'est le point que les deux arrêts récents tranchent, et il renverse l'idée reçue. Beaucoup de parents débiteurs pensent qu'à la majorité, la charge se renverse et que l'autre parent doit démontrer que l'enfant étudie encore. La première chambre civile dit l'inverse.
⚖️ Dans l'affaire jugée le 19 novembre 2025, la cour d'appel de Paris avait supprimé la contribution d'un père à l'entretien de sa fille de dix-neuf ans, en retenant que la mère produisait seulement des tableaux de dépenses, des factures d'ostéopathie, un permis de conduire et une inscription en BTS, sans justifier d'une poursuite d'études, d'une bourse ou d'un contrat en alternance. La Cour de cassation casse : après avoir rappelé que l'obligation d'entretien « ne cesse de plein droit ni lorsque l'autorité parentale ou son exercice est retiré, ni lorsque l'enfant est majeur », elle juge qu'« il appartient à celui qui demande la suppression d'une contribution à l'entretien d'un enfant de rapporter la preuve des circonstances permettant de l'en décharger » et que la cour d'appel « a inversé la charge de la preuve » (6).
⚖️ Trois mois plus tard, même solution, même cour d'appel censurée. Un père avait obtenu la suppression de sa contribution pour un enfant majeur au motif que seule une attestation de l'enfant non datée, mentionnant son absence de ressources, était produite. La Cour de cassation rappelle, au visa des articles 1353 et 371-2 du Code civil, qu'« il appartient à celui qui demande la suppression d'une contribution à l'entretien et l'éducation d'un enfant de rapporter la preuve des circonstances permettant de l'en décharger » (7).
Le mécanisme est celui de l'article 1353 du Code civil : celui qui se prétend libéré doit prouver le fait qui a éteint son obligation. Concrètement, le parent qui veut cesser de payer doit établir que l'enfant travaille et perçoit un revenu suffisant, qu'il a abandonné ses études sans chercher d'emploi, ou qu'il refuse tout contact et toute justification malgré des demandes documentées. La faiblesse des pièces produites par l'autre parent ne suffit pas. Cesser de payer unilatéralement, sans décision du juge, expose à une saisie sur salaire ou sur compte pour les arriérés, et la pension impayée pendant plus de deux mois constitue le délit d'abandon de famille.
Pour un parent débiteur comme pour un parent créancier, cette question de preuve se prépare avant l'audience, avec un avocat en droit de la famille à Paris qui saura réunir les justificatifs de scolarité, de revenus et de recherche d'emploi, ou au contraire démontrer que l'enfant a acquis son autonomie.
Pour en savoir plus, consultez Est-il obligatoire de payer une pension alimentaire en cas d'impécuniosité ?
Combien, et jusqu'à quel âge
La loi ne fixe ni montant ni âge limite. Le montant dépend des ressources de chaque parent et des besoins de l'enfant ; la table de référence du ministère de la Justice donne un ordre de grandeur mais ne lie pas le juge. L'âge n'est pas davantage un critère en soi : dans l'affaire du 19 novembre 2025, la Cour de cassation a d'abord censuré la cour d'appel pour avoir écrit que l'enfant avait vingt et un ans alors qu'elle avait dix-neuf ans, contradiction de motifs qui suffisait à casser l'arrêt. Ce qui compte est la situation réelle de l'enfant, année après année.
Une pension fixée pour un enfant mineur peut être révisée à la majorité, à la hausse si les études coûtent plus cher, à la baisse ou à zéro si l'enfant gagne sa vie. La révision s'obtient par accord des parents, homologué ou non, ou par requête devant le juge aux affaires familiales. Un avocat en pension alimentaire à Paris intervient aussi bien pour fixer ou réviser le montant que pour recouvrer les impayés.
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Ce que vous pouvez déduire de vos impôts en 2026
La pension versée à un enfant majeur non rattaché au foyer fiscal est déductible du revenu global, en application de l'article 156, II, 2° du Code général des impôts, dans la limite d'un plafond révisé chaque année. Pour la déclaration 2026 des revenus 2025, la brochure pratique de l'administration fiscale fixe ce plafond à 6.855 euros par enfant, doublé à 13.710 euros lorsque l'enfant est marié ou pacsé et que le parent justifie participer seul à l'entretien du jeune ménage.
Si l'enfant majeur vit sous votre toit toute l'année et ne dispose pas de ressources suffisantes, vous pouvez déduire, sans aucun justificatif de dépenses, une somme forfaitaire de 4.075 euros au titre de la nourriture et de l'hébergement, doublée si l'enfant est marié ou pacsé, réduite au prorata du nombre de mois lorsque l'hébergement n'a couvert qu'une partie de l'année. Les autres dépenses, frais de scolarité ou loyer d'un logement étudiant par exemple, restent déductibles pour leur montant réel, sur justificatifs, dans la limite globale de 6.855 euros.
Une règle ferme le dispositif. Vous ne pouvez pas, pour un même enfant et une même année, cumuler la déduction d'une pension et le rattachement de cet enfant à votre foyer fiscal, y compris l'année de ses dix-huit ans, où le texte interdit de déduire une pension pour un enfant compté à charge ; il faut choisir la solution la plus favorable.
💡 Ces montants sont ceux de la brochure IR 2026 publiée par impots.gouv.fr et de l'article 156 du Code général des impôts (8). Ils seront révisés pour la déclaration 2027.
Et en cas de divorce pour faute ?
Les torts du divorce n'ont aucune incidence sur la contribution due aux enfants. L'article 242 du Code civil, qui définit la faute comme « une violation grave ou renouvelée des devoirs et obligations du mariage » rendant intolérable le maintien de la vie commune (9), ne concerne que le lien entre les époux et, le cas échéant, la prestation compensatoire ou des dommages et intérêts. La pension de l'enfant, mineur ou majeur, se calcule uniquement sur les ressources et les besoins, comme le veut l'article 371-2.
📌 Un parent aux torts exclusifs ne paie pas davantage pour ses enfants, et un parent qui a obtenu le divorce aux torts de l'autre ne paie pas moins.
Ces deux contentieux se mènent donc séparément, et un avocat en divorce pour faute à Paris veillera à ce que la preuve des griefs conjugaux ne se mélange pas avec la discussion sur les besoins des enfants.
Références :
(1) Article 371-2 du Code civil
(2) TJ Toulouse, 3 novembre 2025, n° 23/02238
(3) Article 373-2-5 du Code civil
(4) Cass. 1re civ., 22 février 2017, n° 16-12996
(5) Cass. 1re civ., 22 mars 2005, n° 03-13842
(6) Cass. 1re civ., 19 novembre 2025, n° 23-12415, publié au Bulletin
(7) Cass. 1re civ., 4 février 2026, n° 23-17277
(8) Article 156 du Code général des impôts
(9) Article 242 du Code civil
Administration fiscale :
Déclaration des revenus 2025, brochure pratique 2026, impots.gouv.fr




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