Qu'est-ce qu'un trouble de voisinage selon le Code civil ?

Le trouble anormal de voisinage se caractérise par une gêne, une nuisance causées par un voisin qui excède ce qui est normalement tolérable dans la vie en collectivité.

Il engage la responsabilité de son auteur, qui doit réparer le préjudice causé.

Depuis la loi du 15 avril 2024 visant à limiter les litiges de voisinage (1), le Code civil prévoit les conditions de cette responsabilité et les exceptions applicables (2).

Quels critères pour considérer que le trouble est anormal ?

Le caractère anormal d'un trouble de voisinage est apprécié, au cas par cas, par les juges. Plusieurs conditions doivent être remplies :

  • l'existence d'un trouble dépassant les désagréments ordinaires de la vie en collectivité (bruits répétés, nuisances olfactives, vibrations excessives, etc.) ;
  • un rapport de voisinage entre l'auteur du trouble et la victime ;
  • un préjudice subi par le voisin ;
  • un lien de causalité entre le trouble et le préjudice.

💡Aucun bruit particulier ne doit, par sa durée, sa répétition ou son intensité, porter atteinte à la tranquillité du voisinage ou à la santé de l'homme, dans un lieu public ou privé (3).

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Régler un conflit de voisinage

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Ce dossier contient : 63 questions/réponses et 15 modèles de lettres.

10 exemples de jurisprudence sur les troubles anormaux de voisinage

Pour mieux comprendre ce que peut constituer un trouble anormal du voisinage, voici quelques exemples de cas retenus par les tribunaux.

1. Bruits de pas et chocs répétés

Des bruits de pas, de déplacements, d'aspirateur, de choc d'objets sur le sol, de vide-ordures, etc., étaient entendus très distinctement et ont été constatés par un commissaire de justice. Pourtant, les voisins concernés utilisaient normalement leurs lieux mais ils manifestaient trop peu de souci pour leurs voisins (4).

2. Enseigne lumineuse gênante

Un locataire d'appartement était gêné par une enseigne lumineuse multicolore installée sur la façade de l'immeuble. Allumée jusqu'à 21h, elle provoquait :

  • une lumière vive rougeâtre éclairant partiellement le salon ;
  • des parasites dans la réception de la télévision.

3. Stockage de paille à proximité d'une habitation

Un voisin stockait sa paille à l'extérieur ou sous abri, dans un bâtiment situé à moins de 25 mètres de la propriété voisine et à proximité immédiate d'un immeuble d'habitation, provoquant un risque de sécurité incendie (6).

4. Refuge pour animaux abandonnés

Un couple avait ouvert un élevage pour animaux, entraînant des nuisances, un trouble de jouissance et une dépréciation de la valeur de la propriété du voisin (7).

5. Privation d'ensoleillement

La construction d'un immeuble haut de 24 mètres, prohibée par le plan d'occupation des sols à proximité d'une habitation, avait privé ses habitants de tout ensoleillement possible dans le jardin et transformé la partie sud de leur maison en un "puits sans vue ni lumière" (8).

L'atteinte esthétique à l'environnement résultant d'une construction peut causer un préjudice aux voisins (perte de la valeur du bien notamment).

6. Décomposition d'un cadavre

La dépouille mortelle de l'occupant d'un appartement n'a pas été enlevée avant plusieurs jours, causant des troubles anormaux aux voisins de l'appartement du dessous, notamment des odeurs. L'héritier du défunt a été tenu responsable des dommages (9).

7. Nuisances sonores d'un débit de boissons

Depuis que le tabagisme a été interdit dans les lieux publics, notamment dans les débits de boissons, les occasions de nuisances sonores se sont multipliées pour les riverains, puisque de nombreux clients se regroupent devant ces établissements pour fumer.

Des bruits émis par des instruments de musique étaient perceptibles depuis la voie publique et les habitations voisines (10).

La gravité du trouble a été reconnue par la Cour de cassation.

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8. Chute d'arbres sur le terrain d'un voisin

Lors de la tempête de 1999, des sapins ont chuté sur une zone de 120 mètres de long et 20 mètres de large. Le voisin, propriétaire de ces arbres, n'a pas nettoyé son terrain pendant plus de 2 ans (11).

9. Gêne esthétique anormale

Des dépôts de ferrailles, de planches et autres matériels usagés étaient situés à moins de 25 mètres de la limite de propriété, créant ainsi une gêne esthétique anormale (6).

10. Nuisances olfactives d'une porcherie

Des époux propriétaires de chambres d'hôtes étaient extrêmement gênés par une activité d'élevage de porcs exercée par leur voisin, notamment en raison des fortes odeurs.

Les juges ont déclaré l'élevage dangereux, insalubre et incommode (12).

Le Code rural prévoit des dispositions spécifiques pour ce type d'activité.

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Tapage nocturne et diurne : que dit la loi en France ?

À partir de quelle heure le tapage nocturne est-il interdit ?

Le tapage nocturne désigne les bruits de comportement qui se produisent entre 22h à 7h et qui dépassent des limites de décibels autorisées.

Des arrêtés préfectoraux peuvent prévoir d'autres horaires.

Tapage diurne et travaux de voisinage

Le tapage diurne (de 7h à 22h) est reconnu comme trouble anormal uniquement si les nuisances sonores sont répétées, intensives ou s'étendent dans le temps. Les bruits de voisinage en journée (tondeuses à gazon, instruments de musique, etc.) doivent présenter un caractère anormal pour constituer un trouble.

Les travaux de construction doivent respecter des horaires stricts, généralement interdits le dimanche et les jours fériés. Il est recommandé de consulter l'arrêté municipal applicable dans votre commune.

Comment prouver un trouble du voisinage ?

Démontrer la réalité d'un trouble anormal du voisinage nécessite de réunir des éléments de preuve solides : témoignages de voisins, constats de commissaire de justice, enregistrements sonores, photos, rapports d'experts (acousticien, géomètre) et correspondances avec le voisin.

Un procès-verbal établi par les autorités compétentes peut également constituer une preuve solide.

💡En cas de recours judiciaire, toute preuve est recevable par le tribunal, sauf dans les cas où la loi en dispose autrement.

Qui contacter en cas de problèmes liés au voisinage ?

Depuis le 1er octobre 2023, certains litiges font l'objet d'une procédure amiable obligatoire, avant d'envisager la saisine du tribunal compétent (13).

Plusieurs interlocuteurs peuvent être sollicités lors d'un trouble du voisinage :

  • le voisin auteur du trouble, notamment s'il n'a pas conscience de celui-ci ;
  • le syndic de copropriété (en cas de résidence en copropriété) ;
  • en cas d'inaction de l'individu, le maire ;
  • dans les cas les plus graves, un commissaire de justice et/ou la police ou la gendarmerie.

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Important :

Les occasions d'engendrer des conflits de voisinage sont nombreuses et variées (bruits d'un coq, d'une usine, d'un instrument de musique, enfants trop bruyants, émission de poussière, de fumée, d'odeurs, nuisances visuelles, etc.).

Il est recommandé de trouver une solution amiable avant que la situation ne s'envenime. Ces nuisances sonores, olfactives et autres engendrent des conflits de voisinage qui, s'ils dégénèrent, peuvent gâcher la vie des intéressés.

Outre le fait qu'elle soit nécessaire, la communication est à privilégier autant que possible.

Références :
(1) Loi n°2024-346 du 15 avril 2024 visant à adapter le droit de la responsabilité civile aux enjeux actuels
(2) Article 1253 du Code civil
(3) Article R1336-5 du Code de la santé publique
(4) Cass. Soc. 3 janvier 1969, n°67-13391
(5) Cass. 3ème civ. 9 novembre 1976, n°75-12777

(6) Cass. 2ème civ. 24 février 2005, n°04-10362
(7) Cass. 2ème civ. 22 janvier 1970, n°68-10395

(8) Cass. 2ème civ. 28 avril 2011, n°08-13760
(9) CA Paris, 25e chambre sect. A, 28 janvier 2009, n°07/06322

(10) Cass. 2ème civ. 15 mars 1972, n°70-13571
(11) Cass. 2ème civ. 5 février 2004, n°02-15206

(12) Cass. 1ère civ. 13 juillet 2004, n°02-15176
(13) Décret n°2023-357 du 11 mai 2023 relatif à la tentative préalable obligatoire de médiation, de conciliation ou de procédure participative en matière civile