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Relation entre agent sportif et joueur : le cas de la violation de la clause d'exclusivité et de la résiliation abusive du contrat de mandat sportif par le sportif

Par , Avocat - Modifié le 02-04-2020

L'affaire qu'a eu à connaître la Cour d'appel de Rennes illustre un nouveau cas de violation d'une clause d'exclusivité et de résiliation abusive d'un contrat de mandat sportif.

Une société d'agents sportifs avait signé en octobre 2013 un contrat de mandat d'une durée de deux ans avec un joueur de football professionnel sous contrat avec le club de Dijon Football Côte-d'Or.

En dépit de la clause d'exclusivité qui lui interdisait de mener lui-même les négociations avec quelque club que ce soit, le Joueur négociait et concluait seul en novembre 2013, à l'insu de la société d'agents sportifs, un avenant à son contrat de travail prévoyant une prolongation pour deux saisons supplémentaires ainsi qu'une augmentation de salaire. 

Par courrier recommandé du 9 octobre 2014, le Joueur notifiait à la société de management la résiliation immédiate de son contrat en lui reprochant de ne pas avoir ½uvré efficacement à l'évolution de sa carrière.

En février 2015, le Joueur était transféré du Club de Dijon vers le Football Club de Lorient (le « Club de Lorient ») avec lequel il s'engageait pour une durée de quatre ans et demi sans l'intervention d'agents sportifs.

La société d'agents sportifs a alors assigné le Joueur devant le tribunal de grande Instance de Lorient lequel a retenu par jugement du 7 septembre 2016 que le Joueur avait rompu abusivement le contrat de mandat exclusif

En réparation du préjudice résultant de la violation de la clause d'exclusivité, le Joueur a été condamné à verser à l'agence une indemnité de 17.400 euros égale, en application de la clause pénale prévue, au montant de la commission de 10 % du salaire brut annuel du Joueur que la société d'agents sportifs aurait dû percevoir suite à la prolongation de deux ans du contrat de travail avec le Club de Dijon.

En réparation du préjudice résultant de la résiliation fautive du contrat de mandat le Joueur a été condamné à verser au mandataire évincé une indemnité de 5.000 euros.

Insatisfaite des dédommagements alloués, la société de management sportif a interjeté appel de la décision et a sollicité la condamnation du Joueur à lui verser la somme de 19.800 euros au titre de la violation de la clause d'exclusivité du contrat de mandat et la somme de 318.500 euros au titre de la rupture abusive du même contrat.

Y-a-t-il eu violation de la clause d'exclusivité incluse dans le contrat de mandat ? le Joueur a-t-il résilié abusivement ledit contrat ?  Dans l'affirmative, qu'elle doit être le quantum de l'indemnisation pour l'Agent Sportif ? 

La Cour d'Appel de Rennes répondait à ces questions dans son arrêt du 14 Février 2020.


Sur la question de la violation de la clause d'exclusivité, la Cour a confirmé la décision des juges lorientais en ce qu'ils avaient condamné le Joueur au paiement d'une indemnité de 17.400 euros au titre de la prolongation du contrat le liant au Club de Dijon. 

Cependant, la Cour a rejeté le surplus des demandes de l'agence sportive qui revendiquait un droit de commissionnement assis sur l'augmentation de salaire du contrat de travail en cours du Joueur alors que le contrat de mandat sportif ne prévoyait pas une telle rémunération.



Sur la question de la rupture abusive, la Cour d'Appel a également confirmé la décision des juges du fonds qui avaient jugé que le contrat de mandat, qualifié d'intérêt commun, ne pouvait être résilié par le Joueur que pour un motif légitime que ce dernier échouait à démontrer. 

A cet égard, la Cour précisait que le préjudice de la société d'agents sportifs résultant de la rupture ne pouvait consister qu'en une perte de chance d'être commissionnée sur la conclusion d'un contrat de travail avec un nouveau club avant l'achèvement du contrat prorogé.

La Cour réformait toutefois le jugement pour porter la valeur du préjudice économique de la société de management sportif à la somme de 25.000 en réparation de la perte de chance d'être commissionnée sur l'opération de transfert du Joueur vers le Club de Football de Lorient.

Ainsi, la Cour n'a-t-elle fait que partiellement droit à la demande indemnitaire de la société d'agent de joueurs qui pensait pouvoir faire application de la clause d'exclusivité contractuelle pour solliciter une indemnité globale calculée sur la base du salaire moyen, de surcroît majorée, des footballeurs de Ligue 1 sans tenir compte de la forte disparité entre les clubs, ni du fait que le Joueur débutait à ce niveau de compétition.


*     *     *


 

L'arrêt de la Cour d'Appel de Rennes s'inscrit dans le sillage d'une jurisprudence constante en ce qu'il rappelle qu'un mandat sportif d'intérêt commun, même sans aucune indication n'est révocable que pour une juste cause démontrée par le sportif (CA Nancy, 2e ch. civ., 20 janv. 2011, n° 09/01288 CA Aix-en-Provence, 1re ch. B, 7 mars 2013, n° 12/03571 ; CA Lyon, 9e ch., 15 nov. 2018, n° 14/08332 CA Douai, 1re ch., 23 mai 2019, n° 18/00437). 

Aussi, l'arrêt suscitera-t-il un intérêt pour les acteurs du milieu en ce qu'il confirme que l'agent sportif, victime de l'infidélité de son client, peut revendiquer un droit à indemnisation au titre de la perte de chance d'être commissionné sur une opération conclue postérieurement à la résiliation du contrat de mandat (CA Grenoble, 1re ch. civ., 13 janv. 2015, n° 14/01865).

Enfin, l'arrêt rendu sera instructif en ce qu'il signale que l'indemnisation de l'agent sportif victime de la violation d'une clause d'exclusivité est calculée, à défaut de clause pénale claire, à la lumière des dispositions contractuelles et en particulier de la clause rémunération du contrat de mandat qui doit être rédigée minutieusement pour permettre à l'agent sportif de prétendre au versement d'une commission sur l'opération négociée ou conclue sans son entremise.

Erwann MFOUMOUANGANA

Avocat & Mandataire Sportif  


SOURCE : CA RENNES, 2E CHAMBRE, 14 FEVRIER 2020 N° 16/07488

 

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Maître Erwann MFOUMOUANGANA

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