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L'attribution de la nationalité espagnole aux sépharades de culture espagnole

Par - Modifié le 08-01-2013


L'attribution de la nationalité espagnole aux sépharades de culture espagnole

Depuis 1982, le gouvernement ibère donnait la possibilité aux juifs séfarades pouvant prouver leur généalogie espagnole d’acquérir la nationalité du pays, sous réserve de résider au moins 2 ans en Espagne.

Le 22 novembre 2012, le ministre de la Justice espagnol a présenté un statut particulier et un nouveau processus, supervisé par la Fédération espagnole des communautés juives, qui permettra aux candidats désirant être naturalisés de postuler plus facilement.

Il suffira de prouver les origines ibères par celles du nom, par la langue, par un document généalogique, mais mieux encore, par les liens avec la culture espagnole.

1. Les fondements historiques

 

En 1492, les souverains Isabelle de Castille et Ferdinand d'Aragon, signant l’édit de l’Alhambra , ordonnèrent l'expulsion de tous les Juifs qui refuseraient de se convertir au catholicisme.

Que reprochaient-t-on aux juifs ? Ils «essaient de soustraire les fidèles chrétiens à notre sainte foi, de les en détourner, de les dévoyer, de les attirer à leurs croyances et opinions damnées», écrit le décret d'expulsion.

Après la chute de Grenade, dernière enclave musulmane dans la péninsule ibérique, la Reconquista sur les maures est terminée. Désormais, le territoire espagnol se trouve entièrement sous domination catholique. Restait donc à christianiser la population.

C’est à ce moment que les souverains espagnols décident d’expulser les juifs.

Les caisses royales y perdent, mais le sacrifice intellectuel aussi est considérable. Car s'il y a de pauvres juifs, beaucoup sont ingénieux, actifs, imaginatifs. "Ils sont médecins, courtiers, collecteurs d'impôts, commerçants, intendants de noblesse, joailliers, marchands de soieries", raconte Andres Bernaldez, le chroniqueur d'Isabelle de Castille et Ferdinand d'Aragon, les Rois catholiques.

Après 1492, l'Espagne ne compte officiellement plus un seul juif. Parmi les condamnés à l'exil, seuls 800 000 n'ont pu partir en raison de la maladie, de l'impécuniosité ou par crainte d'un exode à hauts risques et ils se sont fait baptiser.

On estime que jusqu’à 800.000 Juifs ont quitté l’Espagne à la suite du décret. 50.000 autres ont choisi d’éviter l’expulsion en se convertissant au catholicisme romain.

Une grande vague de persécution antisémite gagna alors la péninsule.

Et plus l'Espagne parque, chasse, envoie au bûcher ses juifs, plus elle est rongée par l'obsession de savoir qui sont les vrais ou les faux juifs, les vrais ou les faux convertis.

Derrière chaque visage, à l'église ou dans la rue, le doute s'insinue : celui-ci qui se dit chrétien l'est-il vraiment ? N'est-il pas un "cryptojuif" qui, en secret, fait shabbat le samedi, prépare sa cuisine selon les règles de la kashrout, célèbre les fêtes juives, procède à la toilette funéraire selon le rituel juif ? Un traumatisme naît qui va gangrener pendant trois siècles la société espagnole.

Aujourd'hui , pas plus de 45.000 Juifs vivent actuellement en Espagne sur une population totale de 47 millions d’Espagnols ce qui ne représente qu’une fraction du nombre de Juifs qui vivaient dans le pays avant 1492, quand ils ont été forcés de se convertir au catholicisme ou de s’exiler.

Il aura fallu attendre plus de cinq siècles pour que la mémoire de l'Espagne soit "recouvrée".

L’Espagne a commencé à accorder la citoyenneté aux Juifs séfarades sur une base individuelle, et non pas en masse en 1988, lorsque le gouvernement de Felipe González a modifié le Code civil espagnol. Ces concessions ont été interrompus en 2009 par le gouvernement socialiste de José Luis Rodríguez Zapatero, mais la procédure a été reprise et modifiée par le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy

Fin 2012, le ministre espagnol de la Justice annonce que Madrid va offrir à tous les descendants des Juifs qui furent expulsés d'Espagne en 1492 la possibilité d'obtenir la nationalité espagnole.

C'est "une procédure pour des retrouvailles", a déclaré le ministre, Alberto Ruiz-Gallardon, en présentant au Centro Sefarad- Israel de Madrid cette "procédure sur l'attribution de la nationalité espagnole aux étrangers séfarades par lettre de naturalisation".

L'initiative correspond à un désir de "recouvrer la mémoire de l'Espagne qu'on a fait taire", a estimé pendant la présentation officielle de cette initiative le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Garcia Margallo, qui en sa qualité de chef de la diplomatie préside le Centro Sefarad-Israël de Madrid.

D’autres disent que le gouvernement espagnol cherche à attirer les Juifs pour « remédier aux problèmes économiques du pays ».

D'ailleurs, quelques jours à peine avant d’accueillir les Juifs séfarades de retour en Espagne, le gouvernement a annoncé le 19 Novembre qu’il offrirait des permis de résidence (soit l’équivalent d’une carte verte américaine) aux étrangers qui achètent des maisons au prix de plus de 160.000 euros dans le cadre de ses efforts pour relancer un marché immobilier effondré.

 

 

 

2. Le mécanisme juridique

"Il s'agit d'un mécanisme légal qui répond à la volonté de l'Espagne de faciliter les aspects légaux du processus d'acquisition de la nationalité espagnole par les citoyens séfarades de la diaspora", a précisé dans un communiqué le Centro Sefarad-Israël.

Aux termes de ce nouveau mécanisme juridique, il sera considéré que la condition de séfarade est "en elle-même une circonstance exceptionnelle qui donne droit à la nationalité (espagnole, ndlr) indépendamment du lieu de résidence du demandeur", a expliqué le ministre de la Justice.

Etant précisé que le terme séfarade recouvre tout  membre d’une communauté juive d’un pays méditerranéen en dehors Israël.

Le candidat devra toutefois démontrer des liens objectifs avec l'Espagne, "que ce soit par les noms, la langue familiale, la descendance directe, ou un lien de parenté collatéral" avec des séfarades auxquels la nationalité espagnole a déjà été accordée.

La liste des 5220 noms de famille sépharade qui pourront acquérir la nationalité espagnole a été publiée sur ce site :

http://diariojudio.com/library/Listado-de-nombres-sefardes.pdf

Ce changement signifie concrètement que les Séfarades où qu’ils vivent dans la diaspora devront présenter une accréditation de la Fédération espagnole des communautés israélites (FCJE), un groupe de coordination juive, confirmant leur ascendance et demander un passeport espagnol.

L’offre de l’Espagne ne s’applique qu’à ceux qui s’identifient comme Juifs. Il ne s’applique pas aux Séfarades Anousim (anousim en hébreu signifie «sous la contrainte»), les descendants de Juifs qui ont été imposées par l’Inquisition espagnole à se convertir au catholicisme (ils sont parfois aussi appelé crypto-juifs ou marranes). Les Anousim laïcs doivent suivre une formation religieuse de la FCJE et subir une conversion formelle au judaïsme avant de pouvoir obtenir la nationalité espagnole

Difficile toutefois d’établir le nombre de personnes qui pourraient profiter de la procédure. On compterait aujourd’hui plusieurs centaines de milliers de locuteurs du dialecte judéo-espagnol, le ladino.

En effet, le gouvernement espagnol n’a pas d’estimation sur le nombre de Juifs qui s’apprêtent à demander à citoyenneté. Mais sur la période de 2006 à 2010, ils n’étaient que 698 à l’avoir fait. Il y a environ trois millions de Juifs sépharades dans le monde aujourd’hui. La plupart vivent en Israël, aux États-Unis, en Belgique, en Grèce, en France et en Turquie, mais il y a aussi d’importantes communautés en Amérique latine, notamment en Argentine, Brésil, Chili, Mexique et Venezuela.

La mesure a été bien accueillie par les groupes juifs, qui disent que ce geste politique est attendu depuis longtemps et qu’il représente un droit historique des Juifs.

Mais les groupes musulmans, bien que la décision d'expulser les Morisques ait été prise dans un contexte historique très différent de celui ci-dessus évoqué  , demandent que le gouvernement espagnol accordent la citoyenneté instantané à des millions de descendants des musulmans qui ont été expulsés d’Espagne au Moyen Age .

Juste une semaine après l’annonce du droit au retour des Juifs séfarades, l’Espagne a voté en faveur de l’amélioration du statut de l’Autorité palestinienne à l’ONU...

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Maître Sabine SULTAN DANINO

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Avocat au Barreau de PARIS

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